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Et nos tout-petits de 4 ans dans tout cela?

Avec près de 30 ans d’expérience dans le domaine de la petite enfance, après avoir ouvert une école prématernelle pour les 3 et 4 ans et deux garderies de 80 enfants, je suis très inquiète des annonces de la Coalition Avenir Québec s’il venait à prendre le pouvoir.

Des petits de 4 ans, j’en ai croisé des centaines au courant de ma carrière. La réussite éducative a toujours été une priorité chez nous, soit de bien les préparer pour leur entrée à l’école, tout en gardant le jeu et la découverte comme priorités.

Ce que je vois aujourd’hui tient des votes électoraux et non du bien-être de nos enfants de 4 ans.

Sur le plan affectif, il y a plusieurs enjeux

1) Si les enfants de 4 ans se retrouvent dans des classes de maternelle dans le système scolaire, ils seraient dans des classes de 18 enfants au lieu de 10. Ils n’auraient donc pas le même soutien qu’au service de garde;

2) Ils seraient dans des écoles qui reçoivent 300-400 enfants ou plus, sans que toutes les écoles soient munies d’une cour extérieure qui leur soit dédiée. Se retrouver avec des grands de 6e année, cela devient intimidant et peut créer de l’anxiété chez les tout-petits, d’autant que 55 % des écoles sont vétustes;

3) Ces enfants ont créé un lien d’attachement avec leur éducatrice. Avec leur service de garde. Ils sont dans un environnement créé spécialement pour eux et sécuritaire;

4) Ils connaissent toutes les éducatrices de leur service de garde, car ils y sont depuis leur entrée à la pouponnière. Durant leur journée, ils sont en contact avec leur éducatrice au moins 8 heures. À l’école, ces mêmes enfants se retrouveraient avec une multitude de visages; au service de garde, avec leur enseignante, ensuite au diner avec d’autres visages du service de garde, retour de leur enseignante ou d’un spécialiste et en fin de journée avec tous les enfants du service de garde… A-t-on seulement pensé aux bouleversements que ces enfants vivront?

Sur le plan pédagogique

Le programme du ministère de la Famille est collé sur celui du préscolaire. Si le ministère ajoute des objectifs touchant à la numératie et à la littératie, cela peut très bien se faire sans déplacer les enfants en créant chez eux un déracinement. De plus, les éducatrices à la petite enfance ont suivi des cours spécifiques aux enfants qu’elles accueillent.

Ayant moi-même un baccalauréat en éducation préscolaire et primaire, dans toute ma formation, je n’ai eu que deux cours sur le préscolaire, un sur l’aménagement de la classe et le deuxième en psychomotricité. J’étais bien loin de la formation de mon personnel éducateur. La formation continue et l’amélioration de la qualité sont essentielles à un service de garde éducatif de qualité. Nous avons tout ce qu’il faut pour les enfants de 4 ans afin de leur permettre de développer toutes les compétences pour leur scolarisation future.

Sur le plan environnemental

Les services de garde en installation, que ce soit des CPE, des garderies subventionnées ou non, sont régis par les mêmes lois et règlements du ministère de la Famille. Ce qui fait que les aménagements physiques d’un service de garde sont plus appropriés pour cette clientèle que dans les écoles. De plus, le contact avec les parents est l’un des aspects importants pour la réussite éducative des enfants. Au service de garde, les parents peuvent venir à n’importe quel moment de la journée, pas dans une école. Au service de garde, les parents ont des nouvelles quotidiennes de leur enfant, pas à l’école. Les familles vont perdre des acquis importants.

Sur le plan économique

Investir 3 milliards de dollars pour amener 50 000 mille enfants à l’école, signifie aussi le retrait de ces mêmes enfants dans les services de garde, que le gouvernement et des propriétaires ont mis 20 ans à créer. Pourquoi cannibaliser un milieu au profit d’un autre surtout lorsque l’on sait que la majorité de nos chercheurs en petite enfance démontrent les bienfaits pour le développement optimal des enfants dans les services de garde de qualité.

Comme contribuable, je préfère que ces sommes d’argent aillent à du support dans les services de garde, à de la formation. Cela coûterait moins cher et notre gouvernement pourrait rediriger le reste de l’argent vers la santé, nos aînés et l’environnement.

Chaque année compte lorsque l’on a un an, deux ans, trois ans, quatre ans et cinq ans. À cinq ans, la majorité des enfants sont prêts pour faire le grand saut à l’école, mais pas à 4 ans!

Alors, oui je suis inquiète pour les enfants de 4 ans à venir, pour mes petits-enfants.

 

Suzanne Gagnon

Ancienne enseignante au préscolaire

Propriétaire de deux garderies non subventionnées en installation à Boisbriand

Et grand-mère de trois magnifiques petits-enfants

 

 

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