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(Photo Gérald Arbour) Croix de chemin sur Côte-Sud.

Un pilier historique toujours debout

Croix de chemin sur Côte-Sud

Il est difficile de ne pas remarquer la gigantesque croix au bord de la route lorsqu’on circule sur le chemin de la Côte-Sud, à Boisbriand. Même si pour certains cette croix de chemin peut sembler banale et être un accessoire récurant du paysage, ce genre de monument historique fait partie du patrimoine québécois et il cache une histoire tout à fait particulière, voire mystérieuse.

Un peu à la manière des églises ou des ponts couverts, les croix de chemin ont été à une certaine époque non si lointaine extrêmement populaires et nombreuses. Aujourd’hui, on en compte près de 3000 sur le territoire québécois dont deux sur le territoire de Boisbriand, dont la plus connue, celle sur le chemin de la Côte-Sud.

Plusieurs raisons expliquent la construction des croix de chemin, comme le précise la docteure Diane Joly, consultante en patrimoine : « Certaines croix sont à l’entrée du village, donc elles ont un caractère toponymique. Il y en a qui sont à des croisées de chemins et qui servent à indiquer une direction. Il y en a certaines qui étaient utilisées pour faire des messes. Ensuite, il y a des croix commémoratives naturellement. D’autres voulaient signifier qu’on allait y implanter une église. »

C’est d’ailleurs le mystère derrière chaque croix qui rend ce type de monument si spécial pour les spécialistes en patrimoine, les historiens, les artistes et les photographes.

Monique Bellemare, photographe, passionnée des croix de chemin et créatrice du site web patrimoineduquebec.com, souligne que c’est en s’y attardant et en se penchant un peu sur le phénomène que l’on se rend compte de sa signification et son importance : « C’est une trace du passé religieux du Québec, c’était très significatif à l’époque. Ça fait partie de notre histoire. Pour les familles ça représente beaucoup. Je reçois encore souvent des courriels de gens qui me fournissent de l’information. »

Le cachet particulier de la croix sur Côte-Sud

Même s’il n’y a pas de document officiel accompagnant la croix de chemin sur Côte-Sud, Mme Joly estime qu’elle date du premier tiers du 20e siècle, quelque part autour de 1920.

Il est même possible de catégoriser chacune des croix de chemin et Mme Joly comme Mme Bellemare s’entendent pour dire que la croix sur Côte-Sud est une croix de type « simple ». D’une part, parce qu’il ne s’agit pas d’un calvaire, puisque la croix ne fait pas mention d’un christ. D’autre part, il n’y a pas d’instruments de la Passion, comme une échelle, une lance ou des clous. La décoration est assez habituelle et est en lien avec le Sacré-Cœur. La couronne noire représente habituellement le soleil ou des rayons de soleil, alors qu’il s’agit vraiment d’une couronne d’épines.

Mme Joly soutient aussi que deux caractéristiques de la croix peuvent lui donner une petite idée de ses origines ou du moins des intentions derrière sa création. « Cette croix est une dévotion au Sacré-Cœur, qu’on reconnaît à cause du cœur flamboyant, en plus de la couronne d’épines autour. Dans le premier tiers du 19e siècle, il y avait une dévotion au Sacré-Cœur au Québec, alors c’est clairement une croix qui lui rend hommage, précise-t-elle. Ce qui n’est pas clair, quand il y a beaucoup de noir comme ça, c’est aussi un symbole de deuil et il y en a eu beaucoup au Québec. Les personnes et les familles qui perdaient un de leur proche à la guerre ou de la grippe espagnole de 1918 érigeaient souvent une croix en leur honneur. »

Parmi les plus belles au Québec

Mme Bellemare, qui part à la découverte des croix de chemin à travers le Québec et qui en répertorie une panoplie sur son site web, a fait partie du jury lors du concours des Fêtes patrimoniales de L’Acadie, en Montérégie, organisé en août 2016, pour déterminer les plus belles croix de chemin du Québec. Les organisateurs et les membres du jury en ont choisi 40 et le public était invité à choisir ses préférées parmi celles-ci et celle de Boisbriand en faisait partie.

La croix sur Côte-Sud est toujours en très bon état et a encore fière allure, surtout pour une croix simple. « Comme il s’agit d’un patrimoine issu de la culture populaire, les règles sont beaucoup moins rigides et plus faciles à respecter. N’importe qui peut peinturer la croix de chemin et n’a pas à demander la permission et c’est ce qui est intéressant », a conclu Mme Joly.

 

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