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(Crédit André Filion) Terre et maisons de la famille Filion

(Crédit André Filion) Le chien de la famille et Claude Filion, fils d’Hercule et Gilberte.
(Crédit André Filion) Photo de l’attroupement autour des recherches des deux corps.

Un incident qui traverse les mémoires

Noyade d’un jeune couple en 1943

Hercule Filion et sa femme Gilberte formaient un couple filant le parfait bonheur. Parents de deux enfants et propriétaires d’un élevage de vaches, ils étaient bien connus dans le secteur de Boisbriand. Toutefois, lors d’une journée du mois de mars 1943, tout s’est arrêté et leur histoire a sombré, mais non pas dans l’oubli.

Cette histoire est aussi celle d’André Filion, le petit-fils du couple qui s’est noyé dans la Rivière-des-Mille-Îles. Il est aussi le gardien de la mémoire de la famille. Avec plusieurs documents d’archives et de déchirures de journaux de l’époque, M. Filion est à même de faire le récit de cette histoire tragique qui a à la fois marqué la région et leur famille, même si l’incident s’est produit cinq ans avant sa naissance.

Un bête accident

Hercule Filion et sa femme Gilberte, née Desjardins, s’étaient établies sur les terres familiales à Boisbriand, non loin de la Rivière-des-Mille-Îles. Monsieur et madame Filion avaient donné naissance à deux enfants; Florence, l’aînée, et Claude, le cadet. Florence s’est mariée en octobre 1942 avec un dénommé Séraphin Éthier, de Sainte-Rose. Ces derniers se sont donc établis sur une terre de Sainte-Rose pour pouvoir y fonder famille.

Il n’était pas rare qu’Hercule, Gilberte et Claude aillent aider le jeune couple à travailler sur la terre. Pour s’y rendre l’hiver, la famille empruntait la Rivière-des-Milles-Îles à pied ou en traîneau, ce qui leur faisait sauver plusieurs milles, en leur évitant de faire un détour en voiture. Traverser d’une rive à l’autre était ce qu’il y avait de plus simple.

Le dimanche 21 mars 1943, Hercule a été porté son fils Claude chez Florence, étant donné qu’il ne voulait pas qu’il traverse seul l’étendue d’eau gelée.

Le lendemain, alors qu’ils voulaient se rendre à nouveau chez leur fille, Hercule et Gilberte ont comme d’habitude décidé d’emprunter la voie glacée. Malheureusement, en raison des courants puissants de la rivière, la glace a cédé et les deux sont tombés à l’eau et l’inévitable s’est produit. La glace s’est affaissée, les deux sont tombés dans l’eau glaciale et ont été emportés par le courant.

Le chien de la famille Filion, qui avait l’habitude de voir ses maîtres emprunter ce chemin, a bien senti que quelque chose d’anormal s’était produit. En allant à la rivière, l’animal a immédiatement constaté le trou béant dans la glace, causé par la chute des deux victimes. Le chien est retourné à la maison, piteux, et a été se morfondre dans un abri. Le mardi au réveil, le chien aboyait sans cesse et le troupeau de vaches était extrêmement agité. Le frère d’Hercule, Hermas, qui habitait juste à côté, a bien compris qu’il se passait quelque chose. Hermas a donc décidé de suivre le chien affolé de la famille qui l’a amené à longer les traces laissées la veille par le couple disparu jusqu’à la rivière. Arrivé sur les lieux du drame, Hermas a compris. Quelque chose de grave s’était produit.

Le lendemain de la découverte d’Hermas, une équipe de plongeurs a été appelée sur les lieux pour tenter de retrouver les corps. Évidemment, étant donné que les Filion étaient une famille bien connue du secteur, un attroupement de curieux s’était réuni aux abords de la rivière. Toutefois, les recherches étaient difficiles, surtout à cette période de l’année où les eaux sont agitées. Les plongeurs n’ont rien pu tirer de leurs recherches et elles ont été aussitôt abandonnées. Le 25 mars, quatre jours après le drame, les autorités ont conclu à une noyade, sans avoir pu repêcher les corps.

Une découverte inouïe

Le 23 mai 1943, un mois presque jour pour jour après la noyade, le corps de Gilberte Filion est retrouvé près de l’Île Lacroix, à proximité de l’île de Mai, non loin d’où était survenue la chute. Ses funérailles ont eu lieu le 26 mai, selon La Voix des Mille-Îles. Puis, deux jours plus tard, un pêcheur de Sainte-Thérèse, qui allait pratiquer son sport à l’embouchure de la rivière aux Chiens, a découvert le corps d’Hercule, échoué sur la rive, dans les joncs qui poussaient sur place. Le corps a été retrouvé à six milles, donc près d’une dizaine de kilomètres, d’où lui et sa femme s’étaient noyés. Les funérailles ont eu lieu quelques jours après la découverte et des centaines de personnes de la région ont été rendre hommage au défunt. Cet événement a véritablement marqué toute une génération, de par son côté extraordinaire et rocambolesque, mais aussi parce que la région perdait quelqu’un d’important dans la communauté.

La suite de l’histoire pour les Filion

En 1943, Claude, le fils du couple, s’est marié quelques mois après la tragédie, en octobre, avec Anita Coutier. De ce couple émergent trois enfants; Claudette, Nicole et André. C’est ce dernier qui a gentiment accepté de nous rencontrer pour partager cette histoire qui se perpétue de génération en génération, même si la famille aura été éclaboussée par d’autres drames au cours des années. En 1948, l’année de naissance d’André, son père Claude décède des suites de longues maladies. Dix ans plus tard, c’est Anita qui rend l’âme, victime d’un cancer du sein.

André Filion est donc allé vivre chez son oncle Guillaume Ouimet, mais même s’il n’a eu que très peu de liens avec ses parents, M. Filion tient quand même à conserver l’héritage et la mémoire de sa famille. « J’en parle à mes petits-enfants pour être sûr qu’il sache d’où on vient et ce qui s’est passé avant nous. Tant et aussi longtemps que je serai vivant, je vais continuer d’alimenter mon livre de documents et m’assurer de conserver tout ce que je peux trouver sur l’histoire de notre famille. »

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