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Petit Théâtre du Nord, Centre de création de Boisbriand, Nous nous sommes tant aimés, Simon Boulerice, Charles Dauphinais, Marie-Hélène Thibault, Louise Cardinal, Mélanie St-Laurent, Sébastien Gauthier, Luc Bourgeois,

Luc Bourgeois et Mélanie St-Laurent, dans une scène de Nous nous sommes tant aimée, de Simon Boulerice. (Photo François Larivière, courtoisie PTDN)

Marie-Hélène Thibault incarne Maryse Sicard, critique de cinéma et conférencière. (Photo François Larivière, courtoisie PTDN)
Un quatuor tissé serré : Louise Cardinal, Luc Bourgeois, Sébastien Gauthier et Mélanie St-Laurent. (Photo François Larivière, courtoisie PTDN)

Un parfum d’accomplissement

Nous nous sommes tant aimés

Au risque de froisser quelques susceptibilités, le Petit Théâtre du Nord (PTDN), qui occupe le paysage culturel des Basses-Laurentides depuis maintenant 24 ans, vient de trouver enfin sa vraie maison. Et pour inaugurer le magnifique Centre de création de Boisbriand, expressément conçu pour lui, il vous propose un spectacle savoureux, portant la signature de Simon Boulerice, qui a manifestement trempé sa plume dans l’ADN de la compagnie.

Avec Nous nous sommes tant aimés, l’auteur s’est d’abord inspiré de l’amitié qui soude l’un à l’autre les quatre membres fondateurs de la troupe, Louise Cardinal, Mélanie St-Laurent, Sébastien Gauthier et Luc Bourgeois, qui s’en donnent à cœur-joie dans des rôles qui leur vont à ravir, et qui partagent ce nouvel espace avec Marie-Hélène Thibault.

Cette dernière incarne Maryse Sicard, critique de cinéma et conférencière d’office, laquelle nous présente ce quatuor tissé serré, au moment où se tient, au domicile de l’un d’eux, une soirée de retrouvailles, 30 ans après leur graduation à l’école secondaire. Sur un ton qui traduit une certaine ironie teintée d’amertume, elle nous les dépeint un à un, met le doigt sur ce qui les rend imparfaits, jusqu’à nous révéler leur côté sombre, à l’origine d’un événement regrettable dont elle porte encore les stigmates.

Un quatuor attachant

D’entrée de jeu, dans une mise en scène de Charles Dauphinais, celle-ci fait tomber le quatrième mur et s’adresse au public en provoquant continuellement des arrêts sur image, ce qui lui permet de commenter les événements et d’en faire sa propre analyse. Le procédé surprend, au début, le rythme s’en trouve certes brisé, mais une fois qu’on a bien apprivoisé la chose, elle semble couler d’elle-même, d’autant plus que, le théâtre étant un objet organique, on devine que les interprètes rendront cette mécanique encore plus fluide au fil des représentations.

Chemin faisant, le texte de Simon Boulerice révèle avec intelligence un contenu dont la véritable profondeur demeure tapie dans l’ombre en préparant l’assaut final. Une bête nous observe et trahit parfois sa présence en faisant craquer une branche, notre attention revient aussitôt vers ce quatuor attachant, joyeusement ridicule, qui sort parfois les griffes pour remettre certains pendules à l’heure.

Il y a quelque chose qui fait un peu songer aux Voisins de Meunier-Saïa, dans ces conversations insipides à propos de lierres grimpants ou de tables de patio, les personnages qui les portent nous les livrent avec un aplomb comique qui provoque les éclats de rires continus dans la salle, le public goûtant aussi avec bonheur ces allers-retours entre 1990 et 2020, qui nous rappellent certaines modes à travers les coiffures et les costumes de Valentina Vargas.

Porter la différence

Très vite, on croit aussi entendre la voix de Simon Boulerice, quand Maryse nous parle de cinéma, de certaines musiques qui font danser, mais aussi d’homophobie et de transphobie, de la difficulté de s’intégrer quand on évolue dans la marge, quand on porte la différence, quand on sait qu’elle nous fera souffrir tant et aussi longtemps qu’on la refoulera et, fort malheureusement, dès qu’on la révèlera. Le regard d’autrui se manifeste alors avec violence dans des répliques cinglantes ou des non-dits éloquents.

Il y a une bonne part de l’auteur lui-même dans tout ça, Simon Boulerice maîtrisant le genre de l’autofiction et posant un regard tendre et lucide sur la vie et les gens, qui peuvent toujours évoluer et s’amender. De là cette finale porteuse d’espoir.

De là ce spectacle qui donne envie de célébrer le genre humain, malgré tout. Telle est la signature du PTDN qui s’efforce de nous en démontrer les travers avec tendresse, un exercice qu’il reprend talentueusement chaque année, suivant un parcours qui, dès 1998, s’est amorcé dans la marge, depuis laquelle il a dû, lui-même, assumer et affirmer sa propre différence, jusqu’à s’intégrer parfaitement au tissu socio-économique régional. En demeurant lui-même. De là ce parfum d’accomplissement.

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