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Sainte Carmen: le cœur sur la Main

Maude Guérin et Normand D'Amour incarnent brillamment Carmen et Maurice dans Le chant de Sainte Carmen de la Main.

Sainte Carmen: le cœur sur la Main

Trois années se sont écoulées depuis le succès de l’extraordinaire spectacle musical Belles-Sœurs, d’après la pièce de Michel Tremblay.

Le tandem René-Richard Cyr et Daniel Bélanger reprend du service, opérant la même magie, avec comme matériau de base une œuvre moins connue de Tremblay, Sainte Carmen de la Main.

Encore une fois, ils manient texte, musique et mise en scène de façon magistrale et émouvante. Le chant de Sainte Carmen de la Main est porté à bout de bras par une distribution de haute voltige qui évolue dans un environnement sonore et visuel d’une grande qualité. La tournée s’arrêtait au Théâtre Lionel-Groulx, le 8 mars dernier, pour une soirée de pur ravissement, spectaculaire, bouleversante.

La première scène en elle seule vaut le déplacement, le chœur des écorchés de la Main dépeignant le miracle banal et quotidien du lever du soleil. Fragile gang de tout‑croches dans les premières lueurs de l’aube, ils nous émeuvent déjà, ces êtres rejetés à la mer mais repêchés par la Main et ses filets, pour qui Carmen représentera, de façon éphémère, une bouée de sauvetage inespérée.

Carmen (Maude Guérin, forte et vulnérable), c’est une chanteuse country aimée de tous, bien connue dans les cabarets de la Main. Après un séjour à Nashville, elle revient avec du nouveau matériel, puisant dans le quotidien de son milieu pour lui chanter sa beauté, lui redonner une dignité qui s’est perdue en chemin. Ce faisant, elle insuffle un peu de lumière dans la vie de cette faune noctambule, lui faisant se réapproprier le droit de marcher la tête haute, celui d’exister.

Cette fébrilité nouvelle, cette ébullition, irrite Maurice (Normand D’Amour, implacable), petit roi de la Main qui essaie d’éteindre à la fois le feu de Carmen et celui qu’elle est en train d’allumer. Avec son abject bras droit Tooth Pick (Benoît McGinnis, inquiétant) et l’appui de Gloria (France Castel, amère et décapante), chanteuse sud-américaine déchue qui tente un retour, Maurice aura tôt fait de sceller à jamais le destin de Carmen.

Bien qu’écrite en 1976, la pièce n’a rien perdu de sa puissance métaphorique dans le climat politique actuel. On y retrouve une communauté qui revendique son identité propre, mais sans trop faire de vagues. Galvanisés par l’intervention de Carmen, les marginaux de tout acabit se voient au final relégués à l’ombre de façon littérale, alors que Tooth Pick les écrase par la cruauté de ses mots. On observe aussi une lutte à finir entre l’art et le commerce, illustrée par le personnage de Maurice qui se méfie des chansons engagées de Carmen, obsédé par le profit.

Le propos est sombre, mais la lumière fuse parfois, par des numéros musicaux éclatés, tels le Miami Beach de Gloria ou la file d’attente des travestis, prostituées et autres laissés pour compte venus voir le spectacle, mais surtout grâce à la présence touchante de Bec-de-lièvre (Éveline Gélinas, attachante), douce et timide, amoureuse de Carmen. À l’instar de toute la Main, peut-être, sur laquelle s’abat un silence inhabituel à la suite de la tragédie.

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