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Papy: le peintre amoureux

Clément Gravel, alias Papy, exposera ses toiles jusqu’au 29 septembre, à la bibliothèque de Rosemère.

Clément Gravel, alias Papy.

Papy: le peintre amoureux

Jusqu’au 29 septembre, à la bibliothèque de Rosemère

C’est une histoire qui relève de la plus stricte intimité. Deux amoureux qui conversent avec tendresse, l’un tenant la main de l’autre qui arrive à sourire, même si la mort est là, juste à côté, qui lui fait signe que le temps est venu. C’est l’histoire de Papy et de Pauline, qui est trop belle pour ne pas être connue de tous.

Papy, c’est Clément Gravel, né à Chicoutimi il y a 95 ans, qui a croisé la route de Pauline, dans le Vieux-Québec des années 1940, une sorte de coup de foudre qui les a menés jusqu’à l’église, robe blanche et confettis, à l’aube d’un mariage heureux sur lequel est passé un gros nuage, il y a trois ans.

«Pauline, c’était mon tout, mon ensemble. Quand elle est tombée malade, je passais plusieurs fois par jour à l’hôpital. Le jour comme la nuit. Elle pleurait tout le temps. J’essayais de la consoler comme je pouvais. Un jour, sans rien dire, elle m’a donné un paquet, raconte Clément Gravel avec émotion. De retour chez moi, je suis descendu au sous-sol et je l’ai ouvert. Il y avait une toile, des pinceaux et des tubes d’acrylique. Je me demandais bien à qui elle voulait que je remette ça!»

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Le sourire de Pauline

Cette nuit-là, incapable de dormir, Clément est retourné au sous-sol, dans sa maison de Saint-Nicolas de Lévis, il a étalé sur une table le matériel d’artiste qui lui était finalement destiné, et s’est mis à jouer sur la toile avec les couleurs, composant un tableau au bas duquel il a apposé ce qui deviendrait sa signature d’artiste: Papy. «J’ai essayé de peindre un poème, puis je suis retourné me coucher» , résume celui qui, s’il n’avait jamais tenu un pinceau, avait souvent joué de la plume pour exprimer son amour à Pauline.

«Quand je me suis réveillé, j’ai regardé ça et je me suis dit que ça correspondait assez bien à la pensée que j’avais eue au moment de le faire. J’ai décidé de l’apporter à Pauline. Quand elle a vu le tableau, elle a souri. C’était la première fois depuis qu’elle était entrée à l’hôpital. Je me suis dit: quel remède!» , s’enflamme Papy, qui s’est aussitôt précipité dans une boutique de matériel d’artiste où il a fait une véritable razzia.

«J’en ai acheté des pinceaux, des toiles et de la couleur! C’est là que tout a commencé» , de dire celui qui, par la suite, se lèverait pratiquement toutes les nuits pour peindre à larges traits des tableaux (portraits, paysages, scènes maritimes, abstractions chromatiques, animaux, puis des fleurs à profusion parce qu’elle aimait ça) destinés à faire sourire Pauline, le matin venu. Et Pauline souriait. «J’ai alors dit à mon épouse: je vais peindre l’histoire de notre vie. Chaque fois que je vais t’apporter un tableau, il faudra que tu devines ce que j’ai voulu dire» , exprime l’artiste. Une toile par nuit… comme un conte.

Poursuivre la conversation

Pour l’aider un peu, Clément apposait un titre sur chaque toile, chose qu’il continue à faire, même si Pauline n’est plus là (elle est décédée le 1 mars 2016), afin de donner une piste à celui ou celle qui les observe. «Quand on s’attarde devant un de mes tableaux, il finit par révéler ma pensée» , propose l’artiste.

«Quand mon épouse est décédée, j’ai continué» , reprend Papy, qui perçoit dans sa démarche une façon de poursuivre la conversation avec Pauline. La peinture lui a même permis d’amener cet échange à un autre niveau, de s’ouvrir davantage à elle et d’une tout autre manière. La peinture lui permet aussi, puisqu’il s’ennuie chaque jour de son amoureuse, de sourire malgré tout.

Le chagrin et l’amour

Mais que serait-il advenu si, au lieu de tout cela, Pauline lui avait tendu une flûte, un harmonica ou une guitare? «J’imagine que ça aurait été la même chose! Aujourd’hui, je donnerais des concerts!» de s’esclaffer Papy, en s’imaginant qu’il aurait pu assembler des notes pour chanter à sa belle les sérénades nocturnes composées expressément pour elle.

Parce que le véritable moteur de tout cela, philosophe-t-il, ce fut initialement le choc du chagrin et de l’amour. «Mais je suis surpris de l’effet que ça a produit» , dit-il, puisque les tableaux de Papy sont en demande et sont régulièrement exposés, comme ce sera le cas, du 28 août au 29 septembre, à la bibliothèque municipale de Rosemère, sous le titre Signé Papy.

Exposés, mais pas à vendre. On parle d’une conversation entre amoureux. Trop personnel. «C’est comme les poèmes que je lui écrivais. Ou les pages de son journal intime qu’elle me donnait à lire» , souffle-t-il, en mesurant la chance qu’ils ont eue de se rencontrer et de s’aimer pendant toutes ces années. Des poèmes que vous pouvez voir et peut-être ressentir, si vous vous en donnez le temps.

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