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Orphelins: le tourbillon des rancunes anciennes

Évelyne Rompré

Orphelins: le tourbillon des rancunes anciennes

C’est un appartement au cœur d’une métropole. On aperçoit de grands édifices par les fenêtres. L’intérieur semble chaleureux, des jouets d’enfants oubliés çà et là. Il s’en dégage une impression de refuge à la frénésie du dehors.

Un couple, Helen et Danny, profite de l’absence de leur fils pour s’offrir un repas aux chandelles. Les promesses de la soirée s’envolent brusquement avec l’arrivée inattendue de Liam, le frère d’Helen. Ce dernier fait irruption dans l’appartement, agité, son t-shirt maculé de sang.

Ainsi débute Orphelins, pièce de l’auteur britannique Dennis Kelly, dans une traduction de Fanny Britt, mise en scène par Maxime Denommée et interprétée par Évelyne Rompré (Helen), Steve Laplante (Danny) et Étienne Pilon (Liam).

On entre donc sans cérémonie dans le vif du sujet, les deux pieds déjà bien ancrés dans le récit décousu de Liam, dans le rythme effréné imprimé au texte et à la mise en scène. Dès les premières répliques qui suivent l’arrivée de Liam, on assiste à une joute verbale où les protagonistes se lancent la balle à une cadence infernale qui ne dérougira pas de toute la pièce. Le spectateur se retrouve donc rivé à son siège, rendu nerveux par le suspense, écrasé par l’immense tension qui règne entre les personnages. Tension que l’on devine déjà inhérente à leurs rapports, mais qui se retrouve exacerbée par cette situation aux contours flous, mais dramatiques, dans laquelle les plonge Liam.

En effet, par les dialogues aux répliques cuisantes, par les non-dits d’Helen, les silences de Danny et la logorrhée de Liam, le spectateur se retrouve plongé dans un tourbillon d’aveux difficiles et de rancunes anciennes, dont l’arrivée inopportune de Liam finit par exposer les racines. Alors que le récit de celui-ci se transforme, se précise jusqu’à ce qu’il révèle enfin l’absurde vérité, les liens entre frère et sœur et mari et femme s’altèrent, s’abîment.

Au cœur de leur colère et leur incompréhension mutuelle, bien que violemment exprimées, se trouvent de grandes questions, de nombreuses pistes de réflexion sociales et personnelles. On y questionne notre rapport à l’autre, l’étranger ou le membre de notre famille. Quelles sont les implications de porter secours à un inconnu, jusqu’où peut-on aller pour protéger un membre de notre famille «malchanceux»? «Est-ce à cela que se résume le monde, qui on connaît et qui on ne connaît pas?», demande Danny, dans un conflit intérieur sur les valeurs civiques, familiales et morales.

Aux yeux d’Helen, seul le sort de Liam importe, celle-ci l’ayant toujours protégé et soutenu en toutes circonstances depuis la mort prématurée de leurs parents. Dans ce contexte, dans quelle mesure Danny sera-t-il prêt à agir pour venir en aide à son beau-frère?

Après une représentation d’Orphelins, on garde en tête les questionnements soulevés par le texte, on se surprend à s’imaginer dans la peau des personnages. Dirigés par Maxime Denommée à jouer presque constamment dans l’urgence, Évelyne Rompré, Steve Laplante et Étienne Pilon portent le texte à bout de bras, avec une énergie explosive. On en sort un peu sonné, les oreilles vibrant encore des cris, des répliques assassines, mais aussi des silences d’une lourdeur éloquente.

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