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Moi dans les ruines rouges du siècle: le grand théâtre du monde

Annick Bergeron et Robert Lalonde incarnent les parents de Sasha Samar dans Moi dans les ruines rouges du siècle.

Moi dans les ruines rouges du siècle: le grand théâtre du monde

«Le monde entier est un théâtre, et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs.»

Par cette citation, Shakespeare survole brièvement la notion baroque de Theatrum mundi. Selon cette allégorie, chacun joue consciemment ou non un rôle sur la grande scène du monde. Ainsi, le comédien et le personnage incarné par celui‑ci reflètent l’image même du spectateur qui est déjà un acteur de l’univers. Dans cette optique, qu’en est‑il d’un homme qui jouerait son propre rôle dans une œuvre dépeignant sa propre vie?

C’est le cas de Sasha Samar, acteur d’origine ukrainienne vivant au Québec et dont le parcours extraordinaire a inspiré à l’auteur et metteur en scène Olivier Kemeid la pièce Moi dans les ruines rouges du siècle, présentée au Théâtre Lionel-Groulx, le dimanche 6 octobre.

Autour de Sasha Samar sont réunis Robert Lalonde, Annick Bergeron ainsi que Sophie Cadieux et Geoffrey Gaquère, personnifiant ses proches, témoins de l’effondrement du régime soviétique. Dans ce grand théâtre du monde, l’Histoire de la Russie s’écrit, influençant celle du comédien.

Cependant, c’est sa quête personnelle, son histoire intime, qui ont fasciné Olivier Kemeid. Il en fait une fresque haute en couleur, un récit où l’épique côtoie le quotidien, alors que l’on suit la destinée de Sasha Samar.

Vivant avec son père dans l’Ukraine communiste des années 1970, le jeune Sasha découvre que celle qu’il croyait être sa mère ne l’est pas en réalité. Obnubilé par l’idée de retrouver sa mère biologique, il tentera de devenir célèbre afin qu’elle le reconnaisse à la télévision.

C’est toutefois prendre un bien court chemin pour raconter le riche parcours du comédien et résumer cette pièce au contenu plutôt dense: avec lui, on vit le déclin de l’U.R.S.S., la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, la Perestroïka, on l’accompagne à l’école de théâtre, dans son service militaire, puis en Sibérie, dans sa recherche de la vérité.

On fait aussi la connaissance d’un père aimant et peut-être un peu trop dévoué, d’une amoureuse hystérique et pessimiste, d’un ami acteur spécialisé dans le rôle de Lénine, d’une mère absente mais pourtant omniprésente.

Contenu dense, donc, mais présenté sans lourdeur, grâce à la mise en scène éclatée et dynamique. Alors que Sasha Samar se glisse, par exemple, dans la peau de son alter ego de trois ans ou de dix‑sept ans (avec une grande justesse d’ailleurs), il peut à sa guise sortir du moment pour en commenter l’action, livrer des réflexions prises avec le recul, pour ensuite reprendre là où il en était.

Numéros musicaux, intervenants inusités et mises en abîme, environnement sonore contrasté et habiles ruptures de ton façonnent la pièce de telle façon qu’on ne sombre pas dans le mélodrame, le comique et le tragique s’entremêlant avec fluidité. Chaque acteur tire son épingle du jeu, portant les mots d’Olivier Kemeid avec ce qu’il faut de nuances et d’ironie, d’émotion contenue ou exacerbée.

On y croit donc, à cet espoir qui émane tout de même du personnage de Sasha, malgré son univers qui s’écroule autour de lui, malgré les mensonges qui ont baigné son enfance. Car il fait appel à notre humanité et nous chamboule. Et ça fait du bien.

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