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L’enfer c’est l’hiver

Photo Claude Desjardins

Avec Le Hameau des hurlements, Luc Proulx signe un sixième roman.

Le hameau des hurlements: L’enfer c’est l’hiver

Le Hameau des hurlements

Si vous passez par Saint-Estienne-du-Hameau, il vaudrait mieux privilégier une escapade en juillet, ou au plus tard en août. Vous vous battrez peut-être avec les mouches, mais ça vous évitera un tas d’ennuis, du moins votre fuite à la belle épouvante sera-t-elle facilitée en cas de pépin sérieux.

Nul besoin de taper le nom dans un moteur de recherche. Croyez seulement que ce village existe ou qu’il a déjà existé, niché au creux d’un vallon estrien, à la fin du XIXe siècle, et qu’il fut maudit au point de disparaître de la surface de la Terre. C’est à cette profession de foi que nous exhorte Luc Proulx, qui, avec Le Hameau des hurlements, signe un sixième roman qui vient de paraître chez Joey Cornu éditeur, collection Joey & Jim, avec la mention «Horreur fantastique» .

L’hiver, les loups, le démon

L’histoire se déconstruit alors sur 173 pages et part d’une description photographique des lieux et des pénibles conditions de vie de ses habitants, en 1863, particulièrement en hiver, quand le village est non seulement menacé par les loups, mais aussi par une créature démoniaque motivée par un pur besoin de vengeance qu’elle finira bien par assouvir.

Reste à savoir comment et pourquoi, et c’est là une raison suffisante pour vous engager dans ce récit, ce conte typiquement de chez nous, qui se lit d’un trait et qui, avec votre consentement, vous tient en haleine jusqu’au bout.

Cette notion de consentement est au cœur de ce roman bien mené et solidement ficelé, alors que François, un journaliste à la retraite, donc peu disposé à croire ce qu’il ne saurait prouver et vérifier, est entraîné dans une épopée sordide après avoir mis la main sur les procès-verbaux des dernières assemblées du conseil de fabrique de Saint-Estienne-du-Hameau.

On y parle d’une mère et de sa fille honnies, condamnées à la pendaison, et d’une poignée d’hommes partis en quête de nourriture, la forêt et le terrible hiver se dressant devant eux, une équipée dont on ne pourra jamais saluer le retour, pas plus qu’on ne saurait expliquer la disparition de ce village, à moins que le temps et l’espace ne se fondent et qu’un témoin direct des événements ne se manifeste. Le croirait-on?

Des êtres familiers

«Les légendes laissent parfois des traces dans la réalité» , nous dit le narrateur qu’on est bien obligé, à défaut de le croire, d’accompagner dans cette aventure paranormale dont il remet lui-même la véracité en question. C’est en tirant habilement ce genre de ficelle, d’ailleurs, que l’auteur finira par abattre la moindre de nos résistances.

Ajoutons à cela que la plume de l’auteur thérésien est bien affûtée et qu’elle ne sert pas qu’à écrire de jolies phrases («Ces gens-là ne craignent pas la mort. Pour eux, c’est la vie qui représente une menace» ). Au sortir de l’encrier, elle sait aussi plonger avec justesse dans l’âme humaine, tout comme elle arrive à nous faire véritablement ressentir la peur et le froid, à nous faire aimer ces personnages d’un autre temps, mais d’une étoffe familière, et dont les voix continuent de résonner en nous après l’épilogue, comme si on les avait nous-mêmes connus.

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