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Le vendeur: l'hiver de force?

Gilbert Sicotte, dans une scène du film Le vendeur, de Sébastien Pilote.

Le vendeur: l’hiver de force?

Durant la projection du film Le vendeur de Sébastien Pilote, c'est le titre du roman de Réjean Ducharme, L'hiver de force, qui me revenait sans cesse en tête. Non pas que les deux œuvres partagent leurs thèmes ou leur poésie, seulement l'image d'un hiver qui n'en finit plus de finir.

Ce texte aurait également pu s’intituler La puissance donnée à l’ordinaire, expression que j’aurais empruntée à un spectateur à la suite de son judicieux commentaire pour le comédien Gilbert Sicotte et le directeur de la photographie Michel La Veaux.

Ces derniers étaient en effet présents pour l’occasion, le film et leur présence engendrant sans doute une foule record pour cette soirée Rencontre de Ciné-Groulx qui se déroulait, bien sûr, sous l’égide de Frédéric Lapierre.

Le vendeur est un film tout en nuances, en lenteur et en silences. Une tranche de vie, celle, routinière, de Marcel Lévesque (Gilbert Sicotte), le meilleur vendeur chez un concessionnaire d’autos usagées d’une petite ville industrielle en déclin du Lac-Saint-Jean.

Sa vie de veuf, père, grand-père et marchand de rêves pour les rares clients du concessionnaire sera bientôt bouleversée par le drame, un redoutable hiver servant d’écrin aux évènements du récit. Malgré son apparente simplicité, Le vendeur est un film puissant, complexe, reposant beaucoup sur le silence et le non-dit. Ainsi, les paroles que Sébastien Pilote a choisi de confier à ses personnages ont une réelle signification, tout comme le silence qui les entoure est également lourd de sens.

On se reconnaît dans le personnage de Marcel, que Gilbert Sicotte interprète de manière magistrale, magnifique. On décèle une amertume résignée pour son travail ou son milieu, mêlée à un réel désir de faire le bonheur des clients. Marcel s’anime en compagnie de sa fille et de son petit-fils, ses yeux brillant d’un bonheur vrai. Aucun apitoiement, aucune envolée dramatique, même quand le destin frappe, l’écriture de Pilote se faisant juste et crédible, portée par un Gilbert Sicotte qui devient réellement Marcel.

Filmé par Michel La Veaux, l’hiver devient un personnage, alternant sa violence et sa douceur blanches, libérateur par ses grandes étendues immaculées, mais étouffant aussi…

Après la projection, le comédien et le directeur de la photographie répondent aux questions de l’animateur Frédéric Lapierre et de l’auditoire avec générosité. Volubiles, ils ne se font pas prier pour faire l’éloge de l’auteur et réalisateur Sébastien Pilote, qu’ils appellent affectueusement «le p’tit».

En effet, Le vendeur est le premier long-métrage du jeune cinéaste, et Michel La Veaux en compare le scénario à celui d’un grand film québécois, par son «regard artistique et conscient de la poésie du quotidien». Gilbert Sicotte salue le caractère de Pilote, son choix de vivre du cinéma dans sa région de Dolbeau-Mistassini, dont l’avenir le préoccupe grandement.

Sicotte et La Veaux racontent avoir vécu et ressenti, durant ces quatre semaines de tournage où ils y habitaient (Gilbert Sicotte occupait même la maison presque voisine à celle de son personnage), l’impact des fermetures d’industries sur la situation économique et le moral des gens de la région. Ces derniers faisaient d’ailleurs office de figurants dans plusieurs scènes, apportant ainsi une authentique couleur locale aux images.

On aborde également la réaction au film à l’étranger, et l’on apprend des lèvres d’un Gilbert Sicotte «fasciné et content» qu’il a remporté, pour son rôle de Marcel, un prix d’interprétation en Inde. Parallèlement, on déplore le «manque de confiance en ce film» qui lui a conféré une piètre distribution en salles au Québec, mais Gilbert Sicotte reconnaît que Le vendeur a toutefois une vie bien à lui malgré son cheminement différent.

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