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Le plus vieux métier du monde

Fred Pellerin garde avec virtuosité la tradition orale du conte vibrante et magique. 

Le plus vieux métier du monde

Un dimanche soir brumeux, une lumière d’un bleu mystérieux. Des musiciens, Nicolas Pellerin et les Grands Hurleurs, sont déjà présents pour mettre le public dans l’ambiance avec «du vivant plutôt qu’une rondelle de plastique qui vire dans un radio». 

Avec leurs morceaux traditionnels repensés, l’attente fébrile de la foule pour Fred Pellerin se fait agréable et tout à fait appropriée. En effet, les spectateurs se glissent peu à peu dans un monde intemporel et teinté de la magie qui imprègne toutes les légendes. En cette soirée du 22 septembre dernier, c’est celle de Méo, le barbier de St‑Élie-de-Caxton, qui nous est relatée dans De peigne et de misère,le plus récent spectacle du conteur qui était alors de passage au Théâtre Lionel-Groulx.

«Y disent que…», débute Fred Pellerin, s’installant à la guitare. En chanson comme en paroles, il décrit le commencement, du monde comme de St‑Élie, dont il aurait eu la chance d’être témoin, petit échevelé qu’il était, prisonnier du châle de sa grand-mère. Celle‑ci se fait cette fois encore la source de toutes les histoires qui peuplent l’imaginaire du conteur, celles qui dépeignent le tout premier lever de soleil autant que la fin du monde. Le monde est ici St‑Élie-de-Caxton, village au cœur duquel on retrouve avec plaisir de vieilles connaissances. Le barbier Méo, bien sûr, mais aussi le Vieux Curé, la prolifique madame Gélinas et ses 473 enfants ou encore Toussaint Brodeur dans son magasin général, bref toute la «faune de partance» d’un village. Celui qui pratique le plus vieux métier du monde, le barbier en l’occurrence, devient le personnage central de De peigne et de misère, récoltant les confidences, mais ne les distillant qu’à une personne à la fois, par principe. Car s’il est tenu au silence quant à la pilosité de ses clients, il peut toutefois en répéter les secrets, selon le «serment d’Hypocrite» prononcé par les barbiers…

Les journées régies par un calendrier liquide de ce «workalcoolique» seront d’abord bouleversées par son coup de foudre pour la jeune religieuse, sœur Solange, puis par l’arrivée de la toute première télévision de St‑Élie et celle du «chien Bernard» du Vieux Curé, et enfin, rien de moins que l’apocalypse, causée par une dispute villageoise pour des questions monétaires. Fred Pellerin nous conduit ainsi du début à la fin des temps, prenant mille détours linguistiques et tours de magie langagière, extrayant des doubles sens, trafiquant la syntaxe, fabriquant les mots nécessaires à son récit. Il déclenche l’hilarité par ses tours de passe-passe verbaux, mais génère également l’émotion, surtout en musique. Les rires font donc parfois place à un silence troublé, avec un équilibre bien maîtrisé. Nul besoin, pour ce conteur-poète, d’une scénographie élaborée quand il peut faire apparaître par ses seules paroles la population de tout un village et ses lieux pittoresques. Fred Pellerin navigue avec subtilité dans cet univers qu’il a créé, féerique mais près du nôtre, aux protagonistes fantastiques qui nous ressemblent néanmoins avec leurs préoccupations métaphoriques qui trouvent leur écho dans nos prises de conscience sociales et environnementales. Ce faisant, il exerce à l’instar de Méo l’un des plus vieux métiers du monde, gardant avec virtuosité la tradition orale du conte vibrante et magique.

 

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