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Le boss est mort! Vive le boss!

Benoit Brière, dans Le boss est mort

Le boss est mort! Vive le boss!

Le rideau déjà ouvert nous montre une sorte de tour ajourée, laissant voir un escalier par les fentes entre les planches. Un tricycle rouge, un tabouret. La lumière d’un porche, une constellation. Car si Le boss est mort, le «gars de la shop», personnage créé par Yvon Deschamps dans les années 1960, reprend quant à lui du service dans la pièce du même nom, sous les traits de Benoit Brière. 

C’est dans cet univers pensé pour lui par le scénographe Michel Crête et mis en scène par Dominic Champagne qu’il raconte les hauts et les bas de son existence à une foule suspendue à ses lèvres, de passage au Théâtre Lionel-Groulx, le 28 avril dernier.

On l’entend d’abord réprimander son enfant, père hésitant, que l’on devine accablé par la mort de son patron. La perte de son repère le plus important est palpable et ouvre la porte aux confidences que l’ouvrier nous livre avec une candeur teintée d’une certaine misogynie propre à son époque, mais qui trouvent tout de même leur écho dans le monde d’aujourd’hui.

Étonnamment, la mort du boss semble affecter l’homme d’une manière plus forte que celle de son père ou de sa femme, mais on lira bien vite, entre les lignes douces-amères du texte, que le gars de la shop s’en ressent bien plus qu’il ne le laisse paraître, ou qu’il ne le sait lui-même.

D’ailleurs, la naïveté du personnage, son admiration aveugle envers son patron qui l’exploite sans ambages tout en lui laissant croire qu’il entretient avec lui une relation privilégiée, exaspèrent autant qu’elles attendrissent. On voudrait venir en aide à l’ouvrier, mais aussi le secouer pour le réveiller.

Le décès soudain de sa femme le laisse aussi désemparé, seul avec un fils à élever, tâche dont il s’acquitte tant bien que mal, sans indices ni temps libres dans sa «semaine de 54 heures» d’un travail dans lequel il semble chercher son salut.

Le texte du Boss est mort est un chef-d’œuvre de finesse, d’ironie grinçante et de poésie du quotidien. Il rassemble, dans un habile travail de rapiéçage, de tissage et de broderie délicate, des monologues d’Yvon Deschamps de 1968 à 1973, cousus par le fil conducteur de la mort du boss. Ou de la mort tout simplement, car on la retrouve à tous les tournants.

L’ouvrier lui-même sera d’ailleurs tenté par elle, désemparé par sa vaine recherche du bonheur. Ce monologue (Le bonheur) touchant, empreint d’une mélancolie lumineuse, est magnifique et imagé, livré avec l’émotion contenue de l’ouvrier qui ne sait pas trop quoi en faire.

De Dans ma cour à Les unions qu’ossa donne, en passant par Cable TV et L’argent, l’interprétation de Benoit Brière est magistrale du début à la fin, dosant savamment le tragique et le comique, l’intériorité et le jeu physique. Brière a compris les textes de Deschamps, compris le personnage et lui insuffle une vie bien à lui, évitant le piège de l’imitation pour faire du gars de la shop un véritable personnage de théâtre qui nous fait rire et pleurer, réfléchir et sourire, mais surtout qui ne nous quitte pas tout de suite à la sortie du théâtre…

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