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L’Auberge des morts subites: ces choses qui vieillissent mal

Il y a des spectacles qui vieillissent mal et celui‑ci touche la fin de sa vie utile. L’Auberge des morts subites est une satire burlesque de l’imaginaire judéo-chrétien qu’on ne joue plus qu’en vertu de la notoriété de son auteur, Félix Leclerc.

On est dans les limbes entre âme et matérialité dans cette auberge et tout aussi nulle part du point de vue artistique avec ce spectacle dont la démonstration piétine du début jusqu’à la fin, avec des numéros de danse plutôt mal amenés.

Les personnages sont des stéréotypes de l’Anglais riche et condescendant; de l’habitant politicien déchu (avec enveloppe brune dans un bas) et vaguement cocu; de la comédienne artiste et fantasque (mère mal assumée), ainsi que Jean Maheux qui est un excellent comédien, certes, mais qui n’est pas un maudit Français comme le veut son personnage.

Dans ce non‑lieu, on retrouve un frère, Amédée, qui doute parfois, Célestin qui se démène afin de consolider l’intrigue et un Satan tout de même bien rendus par les André Lacoste, Pierre Gendron et Robert Brouillette qui complètent une galerie de personnages génériques sévissant à l’entrée du Paradis (Dieu et l’Archange en sus).

Quiconque n’a pas été exposé au dogme chrétien du paradis versus l’enfer dans toute sa dialectique entre le bien le mal, et n’ayant pas vécu ce manichéisme qui régulait les comportements du croyant en fonction des péchés déclinés dans le petit catéchisme, y perdra son latin.

L’objectif du personnage de Célestin consiste à déshumaniser les morts qui arrivent à la porte du Divin. Les baby-boomers, qui remplissaient la salle du Théâtre Lionel-Groulx jusqu’au balcon, comprenaient que cela signifiait les dépouiller de leur humanité entachée par le péché originel, ainsi que toutes les autres turpitudes accumulées au cours d’une vie. Mais un jeune y perdrait son français.

On présente L’Auberge des morts subites telle une comédie. Or, Félix n’a jamais été reconnu comme un boute-en-train ni un sac à blagues et même dans ses chansons, le rythme était plutôt secondaire. Le mot juste et l’observation fine qui font de ses chansons de véritables pièces de théâtre n’ont pas cours dans cet exercice incertain.

On est loin du Moine de Lewis (repris par Artaud) dans le questionnement du péché vis‑à‑vis l’Éternel et, à la conclusion, il nous restait l’impression de se faire servir une messe plutôt que du surréalisme.

L’auteur n’avait certainement pas assez de distance avec l’Église, en 1963, et il faudra attendre une vingtaine d’années avant qu’un certain Michel Tremblay ne rompe définitivement avec le clergé québécois, en défroquant ses personnages.

On peut cependant concevoir que pour le public présent samedi dernier, la manière, le ton et la façon aient pu rappeler l’époque dont il est question et que, par conséquent, la représentation y trouve une valeur tout à fait unique. Une réminiscence à ce niveau représente, certes, une valeur culturelle à tout le moins identitaire.

Cher menteur, le 26 avril

La pièce se nourrit de la correspondance épistolaire entre George Bernard Shaw et Stella Campbell, joués par Louise Marleau et Albert Millaire, et il appert qu’on en a tiré un spectacle fort intéressant. Ce sera le 26 avril et il faudra patienter jusqu’au 27 septembre pour retrouver du théâtre, avec Le Dîner de cons.

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