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La forme et le contenu

(Photo Pierre Latour)

La forme et le contenu

Sylvain Larocque

Sur scène, un écran rond, tel un gros œil, nous présente des images de Sylvain Larocque de l’enfance à l’âge adulte, témoin de son parcours dans la vie comme dans le monde de l’humour. Entrée en matière appropriée pour son spectacle Vu d’même, qui présente l’humoriste sous un jour plutôt personnel, exception faite de certains numéros à caractère politique.

Devant une salle comble de spectateurs prêts à rigoler, Sylvain Larocque y va d’une entrée en matière qui fera rire autant que réfléchir. Abordant le sujet des premières impressions, il débute avec un quiz interactif sur la perception qu’a son public de lui. La conclusion tirée des résultats obtenus est surprenante, et démontre bien l’importance de ne pas se fier aux apparences.

S’étant déjà acoquiné son public, Larocque poursuit sur sa lancée en proposant sa vision plutôt particulière de la vie, qu’il considère comme une «maladie incurable transmise sexuellement». Effectivement, personne n’a réussi à y survivre et c’est dans cette optique que sont décrites, avec cynisme, la grossesse comme une «invasion parasitaire» et l’adolescence comme la période la plus dangereuse de la maladie.

Dans un registre plus léger, on aborde le sujet de la vie en tournée, excuse parfaite pour parodier les petites villes aux noms saugrenus et aux festivals farfelus, mais aussi pour piquer les Montréalais dans des gags accueillis avec enthousiasme.

Puis, on entre littéralement dans la tête de l’humoriste, puisqu’on assiste à une réunion du conseil d’administration des émotions de Larocque, où la panique, la raison, la franchise et la honte se sont donné rendez-vous pour discuter procréation! L’écran-œil devient ensuite tableau noir alors que Sylvain Larocque redevient un enfant aux prises avec la difficulté d’apprendre la langue française, dans un numéro original, un peu risqué, mais très bien reçu.

Au retour de l’entracte, Sylvain Larocque devient député pour le nouveau Parti indécis du Québec. Dans un sketch drôle et intelligent, il évoque avec force exemples le côté indécis du peuple de la Belle Province, incarnant un politicien «d’extrême centre» aux projets sans queue ni tête ni substance, mais fortement convaincu de ses «non-opinions».

Dans cette deuxième partie plus rythmée, on assiste à deux autres réunions du C.A. des émotions, où la libido, le romantisme, le pessimisme et l’intellect débattent de la possibilité d’un ménage à trois avec deux jolies admiratrices. Le numéro suivant se fait le plus personnel de tous, où Larocque rend un bel hommage à sa mère, se moquant gentiment de ses manies et racontant des anecdotes familiales bien colorées.

L’humoriste dévoile aussi une autre facette de son talent en y allant d’un numéro typique de stand up comic, véritable avalanche de gags dynamiques, punchés et efficaces. Pour la finale, Sylvain Larocque et le metteur en scène, Serge Postigo ont privilégié un nouveau numéro sur la langue française mettant en vedette le personnage récurrent du professeur Montalembert. Mettant l’emphase sur la forme plutôt que sur le contenu, le professeur transforme un texte sur le sexe des plus crus en une œuvre littéraire métaphorique. Choix judicieux, en ce sens où le numéro est tout à fait à l’image du spectacle de Sylvain Larocque: un contenu qui ne réinvente pas l’humour, mais plusieurs idées originales et bien présentées, dans une écriture impeccable qui atteint sa cible et ravit son public.

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