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Entête - Culture

La fantaisie mordante d’André Forcier

Cinéma

Dans la poursuite de la série Rencontres organisée par le club cinématographique Ciné-Groulx, l’hôte Frédéric Lapierre nous promettait, le 18 juin dernier, un cinéma inclassable et déstabilisant, où le tragique et le comique entretiennent un rapport symbiotique. Et la promesse a bien été honorée avec cette projection du dernier long métrage d’André Forcier, Je me souviens.

En présence du réalisateur, le public a pu se plonger dans l’univers des mineurs de l’Abitibi et de leurs familles, dans une vision à la fois caustique et fantaisiste du Québec des années 1940 et 1950.

C’est Louis qui se souvient, racontant, depuis l’âge adulte, son enfance et son adolescence dans son petit village tricoté serré d’Abitibi. C’est André Forcier lui-même qui assure la narration, d’abord pour respecter des contraintes budgétaires, expliquera-t-il, mais également pour «assumer totalement son film». En noir et blanc, tourné simplement, le film dresse un portrait plutôt mordant de la Grande Noirceur, où les instances gouvernementales et religieuses sont tournées en bourriques. Louis relate la lutte de son père pour former un syndicat des mineurs, les magouilles et les tricheries du gouvernement et du clergé, dont les conversations téléphoniques nocturnes sont enregistrées par sa mère standardiste, les conditions de vie déplorables des orphelins. Il raconte également sa sœur Némésis, qui demeurera muette jusqu’à ce qu’elle fasse l’apprentissage du gaélique, parlé en Irlande par quelques irréductibles…

Sur fond de mouvements de libération nationaux, de luttes syndicales et d’identité nationale, Je me souviens n’a pas que le titre de politique. Il y est aussi question du fossé entre riches et pauvres ou encore du pouvoir des Canadiens anglais dans l’économie. De rêves d’avenir et de rêves d’enfants également, puis d’amour, celui de son pays, de ses enfants, mais aussi d’amour physique dans des tranches de vie intimement liées. Le tout est porté par une prestigieuse distribution, dont Céline Bonnier, Hélène Bourgeois-Leclerc, Roy Dupuis, Pierre-Luc Brillant, Rémy Girard, France Castel, David Boutin, Michel Barrette, Mario Saint-Amand et Gaston Lepage.

André Forcier n’a pas la langue dans sa poche. «Trop intelligent pour se présenter saoul», il rejette le mépris de ses détracteurs qui le croient alcoolique à cause de son élocution due à une légère paralysie cérébrale. Véhément, il dénonce les conditions de travail des auteurs et réalisateurs, qu’il estime bafoués par le système, par une infrastructure qu’il rejette avec une sorte de colère résignée et impuissante. Continuant malgré tout à faire du cinéma.
Avec Je me souviens, il a voulu montrer le duplessisme, par le biais d’une histoire de vengeance à la fin optimiste, à travers «l’intelligence, la légèreté et la cruauté de l’enfance». Cherchant à émouvoir par tous les moyens, il refuse de se plier aux contraintes des genres cinématographiques, préférant atteindre le spectateur en lui servant un «cocktail sans restriction de genre» où le comique sert souvent d’échappatoire au tragique. Et lorsqu’on lui demande par quel film entrer dans son univers, la question arrache un sourire au cynique et pince-sans-rire réalisateur. Il n’arrive pas à choisir, comme si on le forçait à déterminer lequel de ses enfants il aime le plus.

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