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La coopérative du cochon: jouer à la guerre

France Parent

La coopérative du cochon: jouer à la guerre

La salle de repos d’un salon funéraire, tout ce qu’il y a de plus réaliste, mais aussi d’impersonnel. S’y retrouvent bientôt cinq frères et sœurs qui viennent de rendre un dernier hommage à leur père, Nino. Réunis dans ce morne espace, ils décident de célébrer la vie de celui-ci à leur manière, vibrante et colorée.

Ainsi débute La coopérative du cochon, pièce du cycle italien du Théâtre de l’Opsis. Adaptée du roman Récit de guerre bien frappé, de l’auteur Ascanio Celestini, et mise en scène par Luce Pelletier, la pièce était présentée au Théâtre Lionel-Groulx le 8 février dernier.

Les enfants de Nino (incarnés par Luc Bourgeois, Louise Cardinal, Martin Héroux, Olivier Morin et France Parent) évoquent les souvenirs de leur père, lui qui a connu la Seconde guerre mondiale alors qu’il avait huit ans, en Italie. Des histoires qu’il leur a maintes et maintes fois racontées, la guerre comme une aventure à travers ses yeux d’enfant. Petit à petit, ils se mettent à recréer ces récits, avec leur réalité distordue par les années et enjolivée par la nostalgie.

La mise en scène, toute en rupture de tons, ainsi que le décor, espace libre aux éléments mobiles, permet d’illustrer aisément chaque lieu, de l’arbre au marché, en passant par les décombres du village de San Lorenzo ou les wagons à bestiaux menant aux camps de travail.

Qui plus est, on donne vie aux personnages des histoires en revêtant les manteaux et chapeaux suspendus dans le vestiaire du salon funéraire, ou en détournant la fonction de ceux-ci pour leur donner un usage inattendu. Stimulant l’imagination, ce procédé à la fois simple et créatif renvoie à l’idée de «jeu» à l’état pur, car il rappelle la façon dont s’amusent les enfants.

On oscille ainsi de belle façon entre réalisme et fantaisie, entre des moments très drôles à d’autres plus touchants, tout en évitant habilement les pièges mélodramatiques du drame de guerre.

C’est que La coopérative du cochon est plutôt une comédie humaine. Les destins d’une galerie de personnages colorés s’y entremêlent, unissant leurs forces et leurs pécules pour acheter un cochon vivant volé aux Allemands. Parmi les habitants de l’imaginaire de Nino, on se souviendra particulièrement du barbier aux mains de star du cinéma et fossoyeur malgré lui, incarné avec candeur par Luc Bourgeois, de la Mouche à l’infinie patience de France Parent qui conclut un drôle de marché avec la Sainte Vierge déjantée jouée par Marie Cardinal.

On se rappellera également de Martin Héroux dans la peau du père de Nino, mais aussi en polonaise lubrique dans un duo délirant avec Luc Bourgeois, qui kidnappent le jeune Primo «au nez de héros de guerre» brillamment incarné par Olivier Morin. Ajoutons à cela le petit garçon devenu vieux, l’homme à l’oignon aux bras rachitiques, le garçon aux patates, la mère Pasqua, autant d’alliés et d’opposants à Nino et son père dans leur quête aux allures de conte.

Ludique, fantastique tout en demeurant exact dans les détails historiques, le texte d’Ascanio Celestini est porté avec un plaisir palpable par les comédiens et reçu avec une joie égale par le public.

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