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Il Campiello: le théâtre vivant

Louise Cardinal incarne Dona Catte dans Il Campiello, de Carlo Goldoni. Sur scène avec elle: Luc Bourgeois, François-Xavier Dufour et Catherine Paquin Béchard.

Il Campiello: le théâtre vivant

Nous étions conviés à un exercice théâtral pour le moins spectaculaire et grivois, avec cet Il Campiello, de Carlo Goldoni, un morceau de choix, judicieusement inscrit dans le Cycle italien du Théâtre de l’Opsis, de passage au Théâtre Lionel-Groulx, la semaine dernière.

Il s’agit d’une production imposante, avec ses dix interprètes et son décor reproduisant un campiello (c’est-à-dire une petite place bordée de maisons) où séjourne une galerie de personnages baignant à distance dans l’atmosphère sensuelle du Carnaval de Venise, à l’heure où la Sérénissime est sur le point de tomber aux mains des troupes napoléoniennes, à la fin du XVIIIe siècle.

Résolu à nous montrer le vrai visage de Goldoni, le metteur en scène Serge Denoncourt s’était engagé à gratter le vernis de préciosité dont on a, dit-il, recouvert les productions qui lui furent consacrées au fil du temps. Par opposition à un théâtre qu’il qualifie lui-même de bourgeois, Denoncourt souhaitait donc nous rappeler à quelle source, celle de la commedia dell’arte et de ses archétypes, s’était abreuvé l’auteur vénitien.

Passons rapidement sur l’anecdote qui nous propose le canevas classique de ces filles à marier, pour lesquelles vieilles mères et autre tuteur cherchent le meilleur parti, ce sont bel et bien des mammifères bipèdes qui nous sont présentés là, en ce sens que leur motivation est d’assouvir dans l’urgence quelques besoins physiologiques d’ordre primaire. Ils ont soif, ils ont faim, d’alcool, de nourriture et de sexe; ils flairent la bourse la plus garnie à des lieues, ils se disputent et se battent, ils pissent, ils vomissent, bref, on dirait des animaux s’ils n’avaient autant d’esprit.

Parce qu’ils sont drôles comme des singes, voyez-vous, et cela, même si le metteur en scène appuie parfois un peu fort sur la consigne. Ça reste alors un théâtre d’acteurs et cette troupe qu’il a formée s’y vautre avec une délectation manifeste.

Prêtant généreusement leur corps et leur voix, Mikhaïl Ahooja, Annick Bergeron (sublime Donna Pasqua), Caroline Bouchard, Luc Bourgeois, Louise Cardinal, François-Xavier Dufour, Stéphanie Labbé (fragile Agnessina), Catherine Paquin Béchard, Adèle Reinhardt et Jean-Guy Viau se débattent comme des diables dans l’eau bénite, le langage du corps et les éclats d’humeur suppléant une parole maladroite, une incapacité à se faire valoir ou à prendre sa place, ce qui les rend tout aussi ridicules que touchants.

Le théâtre nous plonge parfois dans la réflexion et le questionnement. Il nous parle gravement de l’Homme et de sa relation avec l’univers. Il se pare de vertus cathartiques ou sociales. Il fait même de la politique. À d’autres moments, il s’éclate avec force éclaboussures en nous divertissant, sans perdre son intelligence. Ça aussi, ça fait du bien.

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