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Il Campiello: Goldoni et l'urgence (comique) de vivre

Outre le rythme effréné qui le caractérise, ce Goldoni propose une facture visuelle pour le moins spectaculaire.

Il Campiello: Goldoni et l’urgence (comique) de vivre

Chaque fois que le metteur en scène Serge Denoncourt s'attaque à ce genre dramaturgique, il en profite pour glisser que le théâtre, quelque part, tout au long de sa route à travers les âges, a fini par s'égarer dans les obscures avenues de la psychologie. Voilà sans doute pourquoi il résume ainsi la substance de ce Goldoni (Il Campiello) qui passera par Sainte-Thérèse, dans quelques jours: des acteurs qui jouent.

«C’est vrai. Il n’y a pas de psychologie, là-dedans. Il n’y a que de l’énergie», atteste Luc Bourgeois, l’un des dix comédiens de cette production d’envergure, dont la facture visuelle demeure pour le moins impressionnante, avec ce décor gigantesque de Louise Campeau, qui reproduit un campiello (une petite place bordée de maisons, qui n’est pas sans rappeler les cours extérieures à la Michel Tremblay), et ces incroyables maquillages en trompe-l’œil de Nathalie Gagné, qui arrive à nous faire croire que certains personnages portent véritablement ces masques propres à la commedia dell’arte.

Goldoni, comme chacun sait, est reconnu comme un grand réformateur de ce genre théâtral et cette pièce, particulièrement, braque l’objectif sur le peuple, les petites gens, à qui il donne allègrement la parole. Et l’anecdote est toute simple: quatre familles, trois filles à marier, deux prétendants; survient un troisième, le cavaliere, un riche napolitain incarné par Luc Bourgeois, qui viendra semer la pagaille et dont on voudra certainement abuser. À toute vitesse.

«C’est un ballet ultracomplexe, un spectacle plein d’une vitalité absolument axée vers le jeu. Les acteurs n’ont pas une seconde pour relaxer et n’ont pas droit, non plus, à l’erreur», reprend Luc Bourgeois, en soulignant que toute cette frénésie, au-delà du défi technique qu’elle propose aux acteurs, traduit également cette urgence de vivre coûte que coûte que pouvaient ressentir ces Vénitiens décadents, alors que la chute de la République de Venise semblait imminente. «Une avidité de vivre dans la joie», de renchérir Luc Bourgeois, que le public d’ici connaît bien pour son implication dans le Petit Théâtre du Nord.

Sans doute heureux de jouer dans son patelin, Luc Bourgeois dit savourer, par ailleurs, chaque moment de cette tournée en régions, là où, dit-il, se vit le rapport le plus vrai et le plus franc avec le public. «Elle est là, la vraie rencontre», suggère-t-il, en signalant que Serge Denoncourt souhaitait aussi, avec ce spectacle, rendre hommage à Paul Buissonneau. La roulotte vous paraîtra surdimensionnée, certes, mais peut-être pas autant que la fête qui se déroulera sur la scène, un plaisir qu’on voudra expressément partager avec le public.

Sans compter que le texte a retrouvé toute cette grossièreté, cette grivoiserie que lui avait insufflée Goldoni lui-même, qui voulait rendre hommage aux créateurs de la commedia dell’arte. Ainsi, les nombreuses allusions sexuelles, passées au tamis de légions de traducteurs, ont été gaillardement rapatriées. «On pisse dans les fontaines, on se frenche et on vomit», rigole Luc Bourgeois, comme s’il nous résumait, en trois mots, le scénario de quelque téléréalité.

Il Campiello, de Carlo Goldoni, est une production qui s’inscrit dans le cycle italien du théâtre de l’Opsis. Créée en 2010, à la Place des Arts, la pièce sillonne actuellement les routes du Québec et s’arrêtera au Théâtre Lionel-Groulx, à mi-tournée, le vendredi 30 mars. Billetterie du Théâtre Lionel-Groulx: 450-434-4006. Site Web: [www.odyscene.com].

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