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En cas de pluie: au royaume de l’hommerie

Mélanie St-Laurent

En cas de pluie: au royaume de l’hommerie

Chouette proposition, au Petit théâtre du Nord (PTDN), alors qu’on nous fait faire un petit détour par le Royaume du Super Fun afin de mieux nous faire entrer dans celui de «l’hommerie», comme dans l’expression consacrée qui met au jour tout ce qu’il peut y avoir de vilain en nous lorsqu’un bien se laisse tout à coup convoiter.

Pour la 17e saison du PTDN, on avait confié à Simon Boudreault, (comédien, auteur et metteur en scène) le mandat de créer un texte qui ne parlerait pas de relations homme-femme, ce dont le monsieur s’acquitte fort bien en nous proposant un combat à finir entre une poignée d’antagonistes qui lorgnent le trône de Louis le Juste (Reynald Robinson), le patron autoritaire du Royaume du Super Fun, un parc d’amusement dont il doit abandonner la gouvernance au meilleur candidat possible, en raison d’une santé soudainement chancelante.

Outre sa fille, Marie-Jeanne la Bien-Aimée (Catherine Paquin-Béchard), l’héritière à la fois naturelle et pas du tout qualifiée, il y a plus d’un cheval appâté par cette carotte qu’on leur tend au bout du bâton : François le Bel (Sébastien Gauthier), capitaine de la section aquatique, Lucille La Grasse (Mélanie St-Laurent), capitaine de la section restauration-animation, Charlotte la Hardie (Louise Cardinal), capitaine de la section manèges et jeux d’adresse, mais pas Henri le Bègue (Jocelyn Blanchard), capitaine de la section sécurité, qui est bien assez heureux comme ça.

C’est sans compter sur Le Bossu (Lucien Bergeron), le nouvel employé qui se révèle un magouilleur de grand talent, tissant habilement une toile dans laquelle il compte attraper chacun de ces courtisans sans envergure, y compris Louis le Juste, qui se laisse séduire assez rapidement par l’intelligence vive de ce Richard III des temps modernes. Et puisqu’il est le narrateur de la pièce, on devine bien assez tôt que Le Bossu parviendra à ses fins. Reste à savoir comment.

On a réuni une distribution du tonnerre (sept comédiens, ça demeure un luxe au PTDN) pour prêter corps et âme à cet opus qui se veut, bien sûr, une métaphore des luttes, de la magouille et de la corruption sévissant dans les hautes sphères du pouvoir (le milieu politique, pour ne pas le nommer), qui demeure toutefois, à l’échelle strictement humaine, d’un réalisme troublant. Là où il y a de l’homme…

Évidemment, tout cela est livré sur le ton de la comédie, par des personnages typés selon le bon dosage (en fait, ils existeraient dans le réel qu’on s’en méfierait à peine), dans un savant échantillonnage de la faune humaine. Les interprètes sont porteurs d’un texte bien ficelé, drôle à souhait, qui n’aurait peut-être pas souffert de quelque élagage, ici et là. Il faut parfois sacrifier quelques bonnes lignes quand elles ne servent pas forcément l’action. À moins d’asseoir tout ça sur une action véritable, comme ces deux scènes absolument savoureuses qu’on installe dans les montagnes russes et à la piscine. Le théâtre est un art pauvre, on le sait, qui sait créer des effets hollywoodiens avec trois bouts de tissu et l’ingéniosité de ses artisans. Servies à un public consentant, ces trouvailles sont toujours réjouissantes.

La pièce de Simon Boudreault s’intitule En cas de pluie aucun remboursement et c’est aussi l’auteur qui en signe la mise en scène. À voir, jusqu’au 21 août, au Centre communautaire de Blainville. Les représentations ont lieu les jeudis, vendredis et samedis, à 20 h. Pour information et réservation : 450 419-8755.

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