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Danse: déroutantes Cinq humeurs

Ce moment intime donne le ton du spectacle: les Cinq humeurs d’Emmanuel Jouthe se feront ainsi charnelles

Danse: déroutantes Cinq humeurs

En composant ses Quatre Saisons, Antonio Vivaldi cherchait à traduire en musique ce que lui inspiraient autant le renouveau printanier que la froidure hivernale, le foisonnement de l’été que la décrépitude automnale.

Riches et évocatrices, ces pièces musicales génèrent autant d’images de branches étincelantes de givre ou de jeunes pousses vert tendre perçant la terre gelée qu’il y a d’individus pour les imaginer. Ainsi, le chorégraphe montréalais Emmanuel Jouthe proposait en mouvements sa vision personnelle de ce classique avec Cinq humeurs, dont la toute dernière représentation avait lieu le 29 mars dernier au Théâtre Lionel-Groulx. La pièce principale était précédée par une chorégraphie créée spécialement pour l’occasion, et interprétée par une vingtaine de danseuses de l’École Suzie Paquette.

Avec sa lumière crue, ses costumes immaculés et sa scène nue, Cinq Humeurs laisse toute la place au mouvement et à la musique. D’ailleurs, le spectacle débute dans une obscurité favorisant l’écoute, les premières mesures des Quatre Saisons emplissent l’espace pour laisser le public s’en imprégner. Puis, l’éclairage révèle une interprète seule en scène. Elle se déplace lentement, à reculons, des écouteurs sur les oreilles. Elle se lance ensuite dans une danse singulière avec le long pied d’un microphone, ce dernier révélant haut et fort les notes s’échappant du casque d’écoute. Ce moment intime donne le ton du spectacle: les Cinq humeurs d’Emmanuel Jouthe se feront ainsi charnelles, intenses et déroutantes.

L’œuvre de Vivaldi y est revisitée d’intéressante manière par Laurent Maslé, qui y intègre habilement, subtilement, des sonorités électroniques vibrantes, créant un pont entre deux époques. On retrouve ce même effet d’opposition entre la chorégraphie aux positions et mouvements inattendus, bruts, anguleux et la musique éclatante, exubérante.

On ressent la nature dans la musique, mais aussi dans le geste et le rapport au corps presque primitif. On observe beaucoup de travail au sol, donc, à la terre nourricière, de laquelle on provient et vers laquelle on retourne. La mort et la sexualité dans sa forme la plus primaire teintent les relations entre les protagonistes, solitaires ou grégaires. Ils tissent des liens dans des formations de groupe rappelant des essaims d’insectes, des doubles solos évoquant des duels, alors que des couples se forment et se défont.

La rencontre, si importante pour Emmanuel Jouthe, se retrouve ainsi au cœur du spectacle. Les danseurs se meuvent souvent avec lenteur, comme s’ils évoluaient dans l’eau, ou progressent de mille manières inusitées, par petits bonds sur le dos ou encore rampant en prenant appui sur la tête.

Les corps se désarticulent, s’emboîtent, oscillent entre équilibre et déséquilibre, explorent les contrastes entre immobilité et activité, des mains grattent le sol. Le tout crée une sorte de langue des signes organique, véhiculant un message criant d’humanité.

Il se dégage une indéniable beauté de toute cette étrangeté, de ces mouvements déconstruits, galopants, envahissants. On reçoit Cinq humeurs avec des points d’interrogation dans les yeux, mais aussi une certaine satisfaction, celle d’avoir assisté à quelque chose d’unique, à un spectacle important.

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