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Après moi: c’est pas parce qu’on rit…

Alors que débute le troisième millénaire, nous nous retrouvons face à une évolution débridée des technologies de la communication, qui ne connaissent presque aucune limite.

Les téléphones vidéo, les courriers électroniques et les réseaux sociaux permettent une ouverture sur le monde sans pareille et communiquer n’aura jamais été aussi facile. Pourtant, il semblerait que nous n’ayons paradoxalement jamais été aussi seuls.

Seuls ensemble, entourés d’amis virtuels, comment se portent nos relations avec autrui dans la «vraie» vie ? Ce rapport à l’autre, ce contact perdu avec son prochain, voilà la préoccupation centrale de la pièce Après moi, présentée par les Éternels Pigistes au Théâtre Lionel-Groulx, le 24 mars dernier, dans le cadre de sa tournée québécoise.

Ce troisième texte écrit par Christian Bégin pour les Éternels Pigistes est joué par l’auteur lui-même, la metteure en scène Marie Charlebois ainsi que Patrice Coquereau, Pier Paquette et Isabelle Vincent. Sans aborder la question sous un angle technologique, Christian Bégin s’interroge sur ce manque d’altruisme et d’empathie, cet évitement presque systématique et naturel qui teintent notre façon d’interagir (ou pas) avec l’autre.

Que ce soit au sein d’un couple ou face à un étranger, la décision de se laisser atteindre par son prochain nous revient et la suite des évènements découle de ce choix, ainsi que nous le verrons dans Après moi, comédie noire à la structure temporelle singulière.

En effet, à la manière du film Le jour de la marmotte d’Harold Ramis, les personnages revivront encore et encore les évènements, explorant les possibles générés par la présence de l’autre, ici enneigés dans un motel près de Val d’Or par une nuit de tempête.

Sur la scène, trois chambres sont simplement suggérées par des lits côte à côte. Dans la première s’installent Simone (Marie Charlebois) et Stéphane (Patrice Coquereau), couple usé, dévoré par une tension sous-jacente, et qui tente de remédier au drame qui les lie silencieusement en revisitant la chambre qui fut le théâtre de leurs premiers ébats.

La seconde chambre accueille Mathieu (Pier Paquette), un père manquant rejeté par ses fils adultes, venu s’y terrer avec pilules, bouteilles et idées noires.

La troisième est occupée par Simon (Christian Bégin) et Stéphanie (Isabelle Vincent). Le conférencier volubile (qui traite justement dans sa conférence du rapport à l’autre, mais qui semble beaucoup s’écouter parler), ainsi que la coiffeuse à la répartie parfois cinglante viennent de se rencontrer et se préparent à y commettre l’adultère…

À six reprises, ils revivront leur arrivée au motel, une rencontre dans le couloir ou une fenêtre coincée les forçant à interagir ou à se retrancher dans leur mutisme. Leurs décisions modifient le cours des choses jusqu’à ce qu’une sorte de brèche s’ouvre enfin, aux ultimes instants de la pièce.

Dialogues de sourds, perches tendues comme autant de bouteilles lancées à la mer («Je suis là! Devant toi!»), politesses maladroites ou suppliques crues, le texte de Christian Bégin ficèle étroitement les rapports humains, dont il explore une facette sombre avec un humour cynique.

Brillamment porté par les complices des Éternels Pigistes, il nous arrachera des rires tirant fortement sur le jaune et la finale, en forme de soupir, ne nous quittera pas tout de suite à la sortie du théâtre. 

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