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Surdité: son interprète lui apprend qu’elle a un cancer

Guylaine (nom fictif), une femme âgée dans la cinquantaine et sourde de surcroît, a appris de façon plutôt inhabituelle qu’elle était atteinte d’un cancer, lors d’une visite médicale en apparence banale.

Manifestement ignorante du motif de la consultation médicale de sa cliente, l’interprète qui l’accompagnait cette journée-là l’a questionnée en constatant qu’elles se dirigeaient vers le département d’oncologie de l’hôpital.

«L’interprète a lu le mot “oncologie” à l’hôpital et m’a demandé si j’avais un cancer. J’étais sous le choc, car je croyais que mon médecin m’avait envoyée voir un autre spécialiste, un gynécologue à l’hôpital. En aucun cas je croyais que j’avais le cancer», explique-t-elle en langue des signes.

Douleurs abdominales

L’histoire remonte à quelques mois. Plutôt en forme, Guylaine ressent cependant des douleurs abdominales et remarque que son ventre est enflé.

Assistée par sa mère (une entendante), elle fixe un rendez-vous chez son gynécologue. «Ma mère n’est pas interprète et elle communique avec moi avec une langue maison pour se faire comprendre. Elle m’a donc traduit ce qu’elle a compris.»

Consciente que cette dernière ne connaît pas toutes les subtilités de la langue des signes québécoise, Guylaine s’aperçoit que l’information (médicale) que sa mère lui traduit n’est pas toujours claire.

«Je pense que ma mère ne comprenait pas très bien les explications du médecin, croit-elle. Lorsque je me suis rendue à l’hôpital en croyant que je rencontrais un autre gynécologue, c’est là que l’interprète m’a annoncé que nous nous rendions plutôt en oncologie.»

Le chaos

Appelée à se rendre en chirurgie pour se faire retirer à la fois les ovaires et l’utérus, ainsi qu’une pierre dans la vésicule biliaire, Guylaine reste hospitalisée une semaine. Croyant (à tort) que ceci signerait la fin de son cancer, elle termine sa convalescence chez elle. Mais la guérison tarde trop et Guylaine retourne de toute urgence à l’hôpital, où elle subit une ponction en raison du liquide qui s’est accumulé dans son abdomen.

Sur les lieux, elle apprendra également qu’une chimiothérapie lui avait été prescrite pendant trois semaines, le cancer n’étant pas guéri.

Un retour à la normale?

En avril 2012, Guylaine est prête à retourner travailler. Mise au courant des nombreux groupes de soutien qui existent pour les gens atteints de cancer ou en rémission, Guylaine entreprend plusieurs démarches pour s’intégrer à ces activités. En premier lieu, elle demande au SRILL qu’on lui fournisse une interprète afin qu’elle puisse assister aux rencontres, mais sa requête lui est refusée. Elle tente alors de s’y rendre toute seule, espérant retirer quelque chose de positif de ces rencontres, mais abandonne en cours de route. Comment comprendre ce que dit un entendant quand on est sourd?

«Pourquoi les femmes entendantes ont le droit d’avoir accès gratuitement à ce genre de service et pas moi?» se questionne Guylaine.

De plus, celle-ci remarque les nombreuses variantes qui existent entre la traduction d’une professionnelle et celle de sa mère.

«Ce n’est pas pareil du tout. Ma mère ne connaît pas la langue des signes québécoise, c’est davantage un code maison qu’elle utilise avec moi pour dialoguer. Une interprète professionnelle connaît parfaitement toutes les notions qu’il faut employer afin que le message soit bien reçu. En plus, les explications se font de façon simultanée, sans temps d’attente. Vous savez, la langue française, je ne la connais pas du tout, ce n’est pas ma langue.»

Du côté de l’APPAL (Association des personnes avec problèmes auditifs des Laurentides), on rappelle que 80 % des personnes sourdes sont des analphabètes fonctionnels et que la langue des signes québécoise est la seule langue qu’ils connaissent.

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