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Centre Sida Amitié, COVID-19, surdoses, suicides, Laurentides

«Des surdoses et des suicides, il y en a eu» considère Hugo Bissonnet.

La rumeur de la Rue est inquiétante

Impacts de la COVID-19

Les médias nationaux rapportent quotidiennement l’évolution de la COVID-19 et son impact dans la société. Il y a par contre un côté moins visible, que nous révèle (c’est une expression chère aux gens du centre Sida Amitié qui œuvrent sur le vaste territoire des Laurentides) la «rumeur de la Rue, le plus vieux média du monde».

Pour tout dire, ça ne va pas bien à ce niveau, comme le souligne Hugo Bissonnet, directeur général de Sida Amitié.

Augmentation de consommation

C’est ainsi, que l’organisme a comparé 342 échantillons urinaires de patients pour le trimestre janvier-février-mars 2020 à 259 échantillons du trimestre avril-mai-juin 2020.

Il en ressort, entre autres, les conclusions suivantes:

-augmentation de 78 % à 84 % (+ 6 %) de la consommation chez les patients;

-la grande majorité (89 %) des échantillons positifs contiennent deux substances et souvent beaucoup plus (jusqu’à 14 dans un même échantillon);

-diminution du cannabis de 26 % à 17 % (- 9 %);

-baisse du nombre de consommateurs d’une seule drogue (surtout le cannabis) de 22 % à 7 % -15 %);

-peu de changement quant aux opiacés et opioïdes de synthèse, dont le fentanyl, aux environs de 4 % à 1 % (-3%);

On constate, par contre:

-forte augmentation des stimulants: amphétamine de 10 % à 21 % (11%), cocaïne de 9 % à 31 % (22%), ecstasy (MDMA) de 2 % à 10% (8%), méthamphétamine de 16 % à 38 % (22%), éphédrine de 7% à 29 % (22%) et «très souvent, plusieurs stimulants simultanément».

En plus de l’arrivée de nouvelles substances au second trimestre (avril-mai-juin), soient

l’isotonitazène (un opioïde de synthèse illégal) et l’étizolam (une benzodiazépine de fabrication illégale). S’ajoute le retour des substances connues (kétamine, GHB benzocaïne, flualprazolam) et la baisse de prise de chacun de médicaments (prescrits ou non), tels les antidouleurs et antifiévre comme l’acétaminophène (de 80% à 20 %), les régulateurs comme le bupropion (de 83% à 17 %), les antidépresseurs comme l’amitriptyline (de 83 à 17 %), les antidiabétiques comme la metformine (de 88 à 13 %) et les médicaments cardiaques comme le bisoprolol (de 75 à 25 %).

En contrepartie, le diazépam (genre Valium) un anxiolytique est passé de 33 à 67 %.

Isolement

De plus, la pandémie a entraîné d’autres effets négatifs que constatent les responsables de SIDA Amitié.

«Le confinement avec la fermeture des frontières internationales, l’interdiction des déplacements interrégionaux et les contrôles policiers a forcé le retour à la clandestinité et à l’isolement des consommateurs» notent-ils.

C’est aussi sans compter que «la fermeture décrétée des admissions dans les centres de thérapie a bousculé les personnes à la rue et à l’hyperconsommation, suicide à l’appui».

«Des surdoses et des suicides, il y en a eu. C’est sûr qu’on en a perdu…» évalue Hugo Bissonnet, sans pouvoir parler du nombre qu’on prévoit connaître un jour, quand la pandémie sera passée.

En outre «le prix des substances a doublé dans certain cas. Les personnes se plaignent beaucoup de la mauvaise qualité des produits, des effets indésirables, intoxications et surdoses méconnues. Elles sont très inquiètes de ne pas savoir ni connaître rapidement la nature et la composition des substances sur le marché parallèle».

Hugo Bissonnet souligne à cet égard qu’«il y a des «dealers» (revendeurs) qui viennent nous voir, parce qu’ils ne veulent pas vendre de la «scrap» et avoir des morts sur la conscience».

Prostitution

Par ailleurs, deux autres constats se dégagent des observations faites par les gens de Sida Amitié.

C’est ainsi qu’on dénote une «forte augmentation de la prostitution. Arrivée de nouvelles recrues dans le métier, pour qui la rémunération devient le «gagne-drogue», ensuite le gagne-pain».

C’est aussi sans compter que «la vigie communautaire est à l’affût de la recrudescence des ITSS non dépistées donc non ou mal soignées et suivies par l’absence d’accès aux soins requis (…) La fermeture des accès aux services de soins notamment pour le renouvellement des ordonnances de médicaments, le sentiment de «sur-rejet» ressenti, ont poussé à la consommation de substances de remplacement en soulagement de leurs souffrances (…) Les travailleurs de rue et de communautaire sont submergés par l’ampleur des souffrances physiques, psychologiques et sociales des laissés pour compte par le système».

D’ailleurs, une des conséquences directes se retrouve dans les propos d’Hugo Bissonnet.

«Le monde n’a pas arrêté de consommer, mais n’est pas venu chercher de l’équipement. (Si bien qu’on redoute) une hausse de VIH et d’Hépatite C (…) Personne n’a été parfait pendant la COVID-19. On a géré comme on le pouvait».

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