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«J’ai été abusé par des ados de mon quartier dès l’âge de cinq ans»

C’est un témoignage douloureux et déchirant qu’a livré Guy, 50 ans, lors du lancement de la campagne de sensibilisation à la victimisation au masculin du Centre d’entraide et de traitement des agressions sexuelles de Saint-Jérôme.

Marié et père de deux enfants, l’homme a tenu à garder l’anonymat afin de préserver sa progéniture, pas encore mise au courant des évènements qui se sont déroulés en Ontario, il y a plus de 40 ans.

«J’ai été abusé par des ados de mon quartier à l’âge de 5, 6, 7, et 8 ans. C’étaient des abus assez dégueulasses. À l’époque, mes parents l’ont su et ont confronté les parents de l’un des adolescents. Ils ont tous nié les faits. Après cela, on n’en a pas plus parlé dans la famille», rapporte d’entrée de jeu le quinquagénaire d’une voix traversée par une émotivité contenue. (NDLR: l’homme fait référence à des agressions sexuelles.)

En thérapie depuis presque 18 mois, ce dernier s’efforce désormais de renouer avec son estime de soi. Cet abîme de souffrance dont il a tenté de s’extirper par quatre tentatives de suicide (dont la dernière a eu lieu en septembre dernier) est désormais derrière lui.

«Je n’ai plus le désir de m’enlever la vie aujourd’hui. J’ai plutôt le désir de changer ma vie», nuance-t-il sobrement.

Porter plainte

Prenant son courage à deux mains, Guy a porté plainte à la police de l’Ontario pour ces agressions sexuelles survenues dans l’enfance, une expérience qui s’est avérée bouleversante pour ce dernier.

«Je devais détailler tout ce qui était arrivé. J’étais enregistré et filmé, et le policier qui était présent prenait des notes à n’en plus finir. Il me demandait des détails du genre: avais-tu une érection? J’étais cassé en 1 000 miettes. Décrire tout cela en détail a été terrible», de confier l’homme en prenant de grandes respirations.

Par la suite, la police ontarienne s’est excusée auprès de Guy de la façon dont s’était pris le policier pour recueillir sa déposition.

Les conséquences

Si les conséquences directes de ces agressions sexuelles n’ont pas été révélées tout de suite pour Guy, elles se sont manifestées à l’âge adulte par une acceptation presque inconditionnelle des demandes d’autrui, et ce, sans jamais se questionner si cela lui plaisait ou non. «La thérapie m’a redonné le respect de moi-même. Je commence à peine à comprendre ce que cela signifie», dit-il.

Procédures

Et quelles ont été les conclusions de la procédure entamée?

«Il y avait trois possibilités, poursuit Guy. La première était que le suspect avoue ses gestes et s’excuse; la seconde était qu’il nie le tout et engage un avocat. Selon vous, quelle était la troisième possibilité?»

Devant les regards interrogateurs accompagnant sa question, le quinquagénaire a simplement répondu: «Qu’il soit décédé.»

«J’étais prêt à faire face à la réalité. Mais en apprenant qu’il était mort quelques mois auparavant, tout s’est écroulé. J’avais encore gaffé. C’était une preuve que j’avais tout gâché.»

Conclusion

Désireux de se sortir de «tout cela», Guy a lancé une dernière recommandation aux parents: «Écoutez vos enfants et prêtez attention à ce qui arrive dans leur vie. N’hésitez pas à aller plus loin.»

Des statistiques troublantes

Les dernières statistiques révélées par le Centre d’entraide et de traitement des agressions sexuelles (CETAS) concernant les agressions sexuelles sur les enfants sont troublantes.

Les chiffres indiquent qu’un garçon sur 10 et deux filles sur 10 sont victimes d’agression sexuelle avant l’âge de 18 ans. De plus, 20 % des délits sexuels sont commis par les femmes.

Au Québec

En 2008, 5 341 infractions sexuelles ont été enregistrées par les corps de police du Québec.

Les infractions sexuelles sont plus fréquentes chez les moins de 18 ans. Chez les filles, le taux était de 363 par 100 000 filles et 97 par 100 000 garçons. Elles touchent nettement moins la population adulte, le taux étant de 48 par 100 000 femmes et 4 par 100 000 hommes.

Un peu plus de 8 victimes sur 10 (81 %) connaissaient l’auteur de l’agression. Cette proportion était plus élevée pour les jeunes (86 %) que pour les adultes (71 %). (Source: sécurité publique du Québec)

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