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Le tour de force de Guy Nantel

(Photo Yves Déry)

Le tour de force de Guy Nantel

Pas de quoi rire, et pourtant…

Sans aucun doute, le geste est placé, savamment étudié et répété: Guy Nantel, immédiatement après une énième jambette à l’intelligence de son public, déplace un pan de son veston, met la main gauche sur la hanche, penche légèrement la tête vers la droite et fixe la salle, l’œil moqueur, un rictus triomphant: il nous a encore eus!

L’humoriste était de passage au Théâtre Lionel-Groulx, samedi dernier, pratiquement à l’amorce d’une tournée québécoise qui lui permettra de suggérer à tout vent sa Réforme Nantel, un spectacle mis en scène (rythmé, devrait-on dire) par Denise Filiatrault qui laisse toute la place à ce que l’artiste peut donner de meilleur, c’est-à-dire du contenu.

Une scène sobrement mais joliment éclairée, au fond de laquelle pend une bande de tissu qui accueillera une ou deux projections. Devant, en plein centre, un micro sur son pied. C’est tout ce qu’il faudra à l’humoriste pour nous occuper l’esprit pendant deux bonnes heures, un tour de force qu’il accomplit sans chanter ni danser, sans changer de costume, n’endossant aucun autre personnage que lui-même, enfin celui que nous connaissons bien, un brin baveux, rarement vulgaire, pourfendeur ironique et justicier sans masque, qui replace les choses là où elles étaient avant qu’Adam et Ève ne croquent la pomme et que le péché ne fasse officiellement son entrée dans le monde.

Voilà le substrat de la Réforme Nantel, qui énumère toutes les incongruités du monde civilisé et les répare finement devant nous, en deux coups de cuillère à pot. Le procédé est souvent le même, l’humoriste construit son propos sur la base de faits connus du public (ou relativement), assaisonne le tout de chiffres, de citations et de statistiques, échafaude une réflexion qui pointe à droite quand il tourne brusquement à gauche pour nous surprendre avec une blague qu’on n’attendait pas. Et que l’on reçoit parfois avec une petite gêne, quand on réalise que l’artiste nous avait d’abord menés sur la piste de nos préjugés…

Ainsi nous parlera-t-il de notre système politique, de nos institutions publiques, de justice et d’éducation, de religion même, après un petit détour dans ce que l’on suppose être sa vie personnelle et sa relation de couple, en nous racontant des choses bien déprimantes, voire révoltantes, quand on y pense. Tous les abus, toutes les injustices dont il fait si drôlement l’illustration, c’est quand même nous qui les subissons. Et pourtant, on rit.

On rit parce que ça fait du bien, parce qu’il sait si bien tourner à l’envers la culotte du roi Dagobert, qu’il maîtrise l’art de nous mener en bateau, de pointer du doigt nos plus gros défauts (même physiques), sans jamais dépasser les bornes. Il a du Yvon Deschamps dans le nez, Guy Nantel, à la différence qu’il tue l’ambiguïté au moment où elle apparaît, sans jamais laisser planer le moindre doute sur ses véritables intentions. Et si le message n’était pas clair, s’il subsistait la moindre équivoque, son vibrant plaidoyer pour un monde de justice et d’équité, de paix et d’équilibre, de fraternité et de tolérance qui clôt le spectacle arrive à remettre toutes les pendules à l’heure. Ce que le grand Deschamps nous faisait en chantant, tiens. À croire qu’ils sont parents.

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