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La retraite du laitier

La retraite du laitier

«C’est un métier qui va disparaître», pense Michel Forgues

Michel Forgues avait 12 ans quand il a commencé à sillonner les routes dans un camion de lait pour approvisionner les familles de Sainte-Thérèse Ouest. C’était en 1959, bien avant la création de Boisbriand et l’avènement de la GM, et le voilà dans sa dernière semaine de travail, qui le fera s’arrêter pour un ultime au revoir aux quelque 300 portes qui constituent sa fidèle clientèle.

C’est donc à partir d’un emploi à temps partiel de helper qu’il deviendra ensuite chauffeur salarié pour la Laiterie Léveillé. C’était l’année de l’Expo et notre jeune homme a alors à peine 19 ans. Trois années de service assidu à la clientèle passeront avant qu’il ne soit promu superviseur pour la laiterie térésienne, puis c’est en 1975 qu’il devient finalement propriétaire de son propre camion, avec une clientèle bien à lui.

Depuis, Michel Forgues a régulièrement sillonné la Grande-Côte et la Grande-Allée, ainsi qu’une partie de l’ouest de Rosemère et la montée Sanche. Il a d’abord transporté des bouteilles de vitre, puis des sacs et des berlingots, en voyant les produits du lait se démultiplier à la faveur du marketing.

Une douzaine de commerces et des dépanneurs comptent parmi ses clients, mais ce sont bien évidemment ces mêmes marchés, avec leurs heures d’ouverture allongées de la fin de semaine jusque dans la nuit, qui ont peu à peu tassé les distributeurs à domicile comme lui.
«C’est un métier qui va disparaître», admet celui qui a cultivé la confiance de ses clients jusqu’à avoir leurs clés de maison, pour aller déposer le blanc nectar dans leur frigo. «Mais on va toujours avoir besoin de lait», continue-t-il, sans doute pour encourager son successeur, Pierre Lavigne, un laitier d’expérience qui élargira ainsi sa propre route de distribution.

Quant aux difficultés du métier, l’explication est simple: «On est en vacances l’été; c’est l’hiver qui est dur», donne à entendre cet homme visiblement satisfait de sa carrière, mais qui nous confiait tout de même vouloir faire autre chose. Il aurait d’ailleurs déjà cinq offres d’emploi sur la table, lui qui, à 62 ans, apparaît toujours solide comme un chêne.

Ce sont en fait ses clients qui manqueront le plus Michel Forgues, puisqu’en 45 années, il a souvent desservi les parents de ses actuels clients, une véritable histoire de générations au cœur d’un patelin qu’il aura sillonné jusqu’à user quatre camions.

Ceux-ci le lui ont d’ailleurs fait savoir avec des mots d’appréciation sur une carte, souvent ornée d’un dessin d’enfant pour remercier leur ami laitier. «Beau temps mauvais temps, Michel toujours présent», lit-on sur l’une d’elles et toutes disent garder le souvenir de sa générosité et de son humour.

En cette époque moderne où l’on vous annonce que les services bancaires sont disponibles à la maison comme l’était autrefois la livraison du lait, voici que la dernière génération de laitiers sillonne nos routes, tandis que Michel Forgues, quant à lui, prendra un nouveau chemin.

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