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Un Goldoni au-dessus de ses moyens

(Photo Michel Chartrand)

Un Goldoni au-dessus de ses moyens

La Trilogie de la villégiature à l’Option-Théâtre

Pourquoi monter un Goldoni en 2010? C’est une question qui revient chaque fois qu’on plonge dans le répertoire classique, à l’Option-Théâtre du collège Lionel-Groulx, qui s’oblige une fois l’an à revisiter ces grands auteurs qui, bien qu’ils soient d’un autre temps, nous rappellent avec malice qu’ils ne sont pas pour autant d’un autre monde.

Le directeur artistique de l’Option-Théâtre, Ghyslain Filion, a dû répondre à la question une fois de plus, lors de la conférence de presse annonçant La Trilogie de la villégiature, une comédie de l’Italien Carlo Goldoni (1707-1793): parce que la nature humaine ne change pas et qu’il est important de saluer ces gens qui ont marqué leur époque et dont la modernité du propos, au-delà de l’anecdote, continue de résister à l’épreuve du temps.
«Et aussi parce que c’est très drôle!», assure la metteure en scène Alice Ronfard, qui dirige la troupe des finissants en interprétation et en production, en vue d’un spectacle qui sera présenté sous peu, entre les murs de l’institution térésienne.
Écrite en 1761, tout juste avant que Goldoni ne s’exile en France, La Trilogie de la villégiature ouvre une fenêtre sur la bourgeoisie vénitienne du temps, entichée comme il se doit de tout ce qui est en vogue et singeant l’aristocratie jusqu’à migrer à la campagne durant les mois d’été. Diverses intrigues nous révéleront alors la frivolité, les jalousies et les mesquineries de cette société vaniteuse qui vit résolument au-dessus de ses moyens.

On nous en a d’ailleurs livré un extrait particulièrement vif et bavard, en conférence de presse, alors que la metteure en scène soulignait le défi d’intéresser le spectateur à un propos souvent futile, sans jamais verser dans la caricature de ces personnages risibles. «Ça, c’est le travail des acteurs», dit-elle.

Première consigne de jeu: aller dans la rapidité du dire, de manière à insuffler l’intensité italienne à un discours pour le moins touffu. En variant le rythme, par ailleurs, on pourra souligner certains traits communs: par exemple, les maîtres, angoissés par leurs problèmes d’argent, ont un débit plus rapide, ajouté au fait qu’ils n’écoutent pas ce qu’on leur dit. À l’inverse, les valets apparaîtront plus détendus, alors que les amoureux seront d’une lenteur extrême.
Évidemment, qui dit Goldoni pense commedia dell’arte et à cette querelle l’opposant à Carlo Gozzi, qui lui reprochait de rompre avec la tradition. Goldoni est reconnu, en effet, comme celui qui a modernisé un genre alors en désuétude. La chose sera l’objet de trois clins d’œil sous forme de lazzis, alors que des comédiens masqués, membres de la troupe de Gozzi, viendront dire au public ce qu’ils pensent de Goldoni.

Sur le plan de la production elle-même, il semble qu’on se soit donné une consigne de modernité puisque le terme a été repris par tous les concepteurs, à commencer par Stéphanie Champagne, qui propose un décor monochrome, dont les panneaux interchangeables permettront de créer divers lieux (de la ville à la campagne) qu’on reconnaîtra par les images vidéo qui y seront projetées.

Pour ce qui est des costumes, Mélissa Brodeur nous confiait avoir gardé la ligne de l’époque en éliminant toutefois «l’effet gâteau», en modifiant certaines composantes, comme les corsets et les coiffures, le tout livré dans une palette évoquant le plumage du paon.

Robin Kittel-Ouimet, pour sa part, devra composer avec la contrainte de ce décor-écran qui ne peut être éclairé que latéralement. La lumière pénétrera par les fenêtres ou frappera d’autres obstacles qui créeront forcément des ombres sur le décor et les acteurs. Ces ombres, on les assumera au point même d’en provoquer si elles contribuent à l’esthétique souhaitée. D’ailleurs, les exemples soumis par le concepteur furent pour le moins probants.

Enfin, Sébastien Filion adhère à cet effort de modernisation sur le motif en élaborant une trame sonore qui fera résonner Vivaldi, Mozart et jusqu’à Dvorak, dont les airs seront assaisonnés de rythmes modernes. Bruits de sonnettes, klaxons et bruits de voiture sont autant d’éléments inclus à sa conception sonore.

La Trilogie de la villégiature sera présentée du 20 au 24 mars, au studio Charles-Valois du collège Lionel-Groulx. Billetterie du Théâtre Lionel-Groulx: 450-434-4006 ou www.theatrelg.com.

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