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Le rap du bédéiste

(Photo Yves Déry)

Le rap du bédéiste

Jertrude Battue

L’individu créatif devient artiste le jour où il trouve son médium. Voilà comment vous introduire Maxime Lemond, un bédéiste et musicien qui semble avoir consolidé ces deux univers à travers un genre musical marginal qui lui va tout naturellement: le rap.

C’est sous le pseudonyme de Jertrude Battue que le rappeur, qui nous avait déjà beaucoup intéressé avec un album de rock progressif, récidive sur disque.

Il est accompagné cette fois-ci par Paper Boy et Addicc Laccro pour fabriquer les échantillonnages à base de vinyle, sur lesquels on retrouve une dizaine de pièces, dont Première offense, Cervo cité, La vie l’avis et autres compositions qui culminent sur la pièce Pourquoi je rap?, posée en manière d’interrogation sur la création. Ajoutons que le tout a été mixé par Mysta Y.

C’est donc de poésie de rue dont il est question, avec Jertrude et ses potes, une écriture hautement automatiste dont la syllabation se moule tout naturellement aux trames sonores. Essayons donc un exemple malgré le silence de ce texte: C’est le dream plane céleste/qui m’amène sans laisse/leste au vent/je me laisse bercer au son sans cesse enivrant. Avez-vous entendu la musique?

Le flow est maîtrisé et les mixes appuient cette trame qui se déverse comme un torrent et Jertrude se permet même un pastiche de Zacharie Richard, en alléguant que «payer c’est pas bien/pis voler c’est pas beau/ travailler c’est trop dur/replace mon bobo placebo». Mais le bédéiste n’est jamais loin, surtout lorsque le rappeur dit «merci inspiration pour tout ce que tu m’as donné/j’dessine sur un bout de papier mon dessein destiné à me stabiliser».

Contrairement au slam européen, qui raconte sur des rimes plates avec accompagnements parfois musical, le rap dont il est question ici porte donc sur le syllabisme via l’énergie de son flow, dans une forme d’écriture hautement automatiste.

Une visite sur le site [www.jertrudebattue.com] vous permettra de vérifier la densité littéraire et musicale du rappeur et de ses acolytes, mais mieux encore, une visite au Quai des Brumes, ce samedi 18 avril, vous les fera découvrir sur scène. C’est au 4481, rue St-Denis, à Montréal, métro Mont-Royal.

Sachez que Jertrude Battue a eu droit à une entrevue à l’émission Bande à part, sur la première chaîne de Radio-Canada, un intérêt qui témoigne de la solidité de son produit.

Des chœurs s’ajoutent sur certaines pièces, avec The Replicants, ainsi que la Chorale Viscérale, et Marie-Joëlle Guindon joue l’animatrice sur Pourquoi je rap? Ce disque est donc le résultat d’une belle convergence de fervents de cette poésie de rue qui fait du texte une matière première, peut-être même une source capable de faire rivière de son flow.

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