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Entrer dans la danse

Maïgwenn Desbois

Entrer dans la danse

L'art de la danse, qu'il soit classique, contemporain, jazz ou encore, urbain, en est un qui demeure encore difficile à «vendre». On le trouve élitiste, un peu comme l'opéra, ou on le qualifie d'étrange, à l'image du théâtre expérimental. La danse est une incomprise.

Et pourtant, on la retrouve dans toutes les cultures, les transcendant par son côté universel. En effet, nul besoin de mots lorsque le corps, les gestes et le rythme racontent l’histoire, porteurs de la multitude de significations que leurs donnent les chorégraphes et interprètes, de même que celles perçues par chaque spectateur.

Ce principe s’applique particulièrement au tout premier spectacle de la présente série Danse d’Odyscène, laquelle avait lieu le jeudi 16 octobre, au Théâtre Lionel-Groulx. Une assistance apparemment record a ainsi pu voir trois pièces, Dans ta tête et Six pieds sur terre, de la compagnie Maï(g)wenn et les Orteils, suivies de la Suite Logique, de DUSSO danse contemporaine.

Dansée par la chorégraphe Maïgwenn Desbois, Gabrielle Marion Rivard et Anthony Dolbec, Dans ta tête explore les peurs présentes en chacun de nous, sous un angle bien précis. Gabrielle a le syndrome de Williams, Anthony, celui d’Asperger et Maïgwenn est neurotypique, c’est-à-dire sans diagnostic. Dans cette optique, la chorégraphe s’interroge: avons-nous peur des mêmes choses? Utilisons-nous les mêmes moyens pour combattre ces peurs et comment s’expriment-elles à travers les corps et la rythmique?

Dans une atmosphère onirique visuelle et sonore, les interprètes y vont d’une gestuelle atypique, les lignes brisées, se mouvant tels des pantins désarticulés. Ils sont parfois prisonniers de faisceaux lumineux, crient, oscillent entre équilibre et déséquilibre, légèreté et lourdeur. Ils s’éloignent, se retrouvent, s’expriment par d’amples gestes sauvages, Gabrielle rit à gorge déployée…

Puis, avec Six pieds sur terre, le trio exorcise ses démons en abordant le délicat sujet du rejet, de l’intimidation. Ils traduisent leur impression d’être coupés du monde, le souffle coupé, les mains sur les oreilles. Les mouvements sont interrompus, saccadés, ils rampent, roulent, essaient d’avancer, mais sont retenus. Ils se débattent dans l’eau, dans l’air, puis se libèrent par des parenthèses parlées, les uns des stigmates et préjugés associés à leurs diagnostics et l’autre, de son passé de «rejetée même par les rejets». Le piano se fait inquiétant, lancinant, des idées sombres sont suggérées, mais l’instinct de survie est le plus fort et les interprètes marchent dans la lumière jusque dans la foule, leur communiquant cette irrésistible envie de vivre et de rire.

La seconde partie du spectacle nous transporte dans un tout autre univers, avec une tout autre façon de faire. En effet, dans une chorégraphie de Caroline Dusseault, les interprètes Georges-Nicolas Tremblay et Corinne Crane se placent, dans Suite logique, à la merci du public. C’est le hasard, via les cartes ou les dés manipulés par les spectateurs, qui décide du déroulement du spectacle, de l’éclairage à la musique, pour une représentation unique à chaque fois. Voilà un pari audacieux relevé par des danseurs ayant le goût du risque!

Ces derniers sont en effet constamment en position de vulnérabilité, prêts à toute éventualité. Par exemple, les interprètes utilisent le iPod d’une spectatrice pour la piste sonore de tout un numéro, ce qui les pousse à improviser ensemble, à brûle-pourpoint, démontrant leur grande polyvalence et une incroyable capacité d’adaptation. Même son de cloche du côté de ce numéro original où les interprètes traduisent en danse des témoignages recueillis avant le spectacle, dépeignant des rencontres marquantes.

Alors que l’on suit la progression du spectacle sur un tableau indicateur, celui-ci révèle quelques surprises qui mettent les spectateurs à contribution, tout comme la grande fête que s’offrent Georges-Nicolas Tremblay et Corinne Crane à la toute fin de la soirée, alors qu’ils reprennent en main les rennes du spectacle.

Le maître de cérémonie Frédéric Lapierre nous promettait, avant le début du spectacle, «autre chose, à défaut de quelque chose de plus gros» que l’an dernier, en référence à la prestation des Ballets Jazz de Montréal en ouverture de la précédente saison. Et nous avons effectivement vu «autre chose», au cours de cette rafraîchissante soirée placée sous le signe de la différence et de la créativité.

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