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Entête - Culture

Du côté de la grande noirceur

Thérèse et Pierrette à l’école des Saints-Anges

C’est un magnifique spectacle présenté devant une salle archi comble que proposait le Théâtre Lionel-Groulx en tombée de rideau de sa saison, jeudi dernier, avec la pièce Thérèse et Pierrette à l’école des Saints-Anges.

Serge Denoncourt signe cette adaptation du roman de Michel Tremblay qui nous ramène en 1943, moment de la grande noirceur où l’exaltation de l’adolescence se heurte au caractère austère d’une religion qui célèbre sans joie, à coup de processions.

Disons tout de suite que l’adaptation en dialogue d’un texte romanesque fonctionne parfaitement et que les ajouts de phrases en fond de scène établissaient un lien naturel entre les deux œuvres.

Le décor, avec ses grillages qui s’ouvrent et se referment, permettait de passer de la famille à la cour d’école, puis de celle-ci aux bureaux de ces nonnes aux caractères si différents, mais toutes assujetties à la dictature de mère Benoîte des Anges, superbement incarnée par Muriel Dutil. La scène finale est biblique, avec l’échafaud que devient le montage d’une procession catholique.

Cette tragi-comédie tirée des Chroniques du Plateau Mont-Royal est délicieusement jouée par une troupe de comédiennes superbement dirigée.

Catherine De Léan tient une large part du spectacle sur ses épaules, dans le rôle de Thérèse, et son énergie profite à Charlotte, jouée par Isabelle Drainville, et permet surtout à la comédienne Geneviève Schmidt d’y aller drôlement dans son personnage de Lucienne. Sylvianne Rivest-Beauséjour et Marie-Ève Milot achèvent de nous convaincre de cette réalité des filles de l’époque en Simone et Pierrette.

Du côté de la grande noirceur affublée de cornettes, Josée Beaulieu gagne la sympathie du public en sœur Pied-Botte, tandis que Lynda Johnson est terriblement séduisante en sœur Sainte-Catherine lesbienne, qui choisit de s’assumer avec sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus, jouée par Manon Lussier.

Le seul homme, la tentation de Thérèse, est Sébastien Huberdeau dans le costume de Gérard et Danielle Lépine joue Albertine, qui représente tout le milieu familial. La scène entre Albertine et mère Benoîte des Anges est un moment éditorial fort du texte, ce qu’on appelle ordinairement se faire dire ses quatre vérités.

Tout le talent de Tremblay est mis à contribution dans cette adaptation, son langage typique, sa faculté de faire rire au cœur du drame, mais surtout son affection pour ces femmes en révolte dans une société écrasée par la religion.

Le spectacle est long (deux heures trente avec entracte), mais comment faire plus court en traduisant un roman sans perdre la substance de cette galerie de personnages. Le seul homme est un révélateur, presque un faire-valoir, mais Sébastien Huberdeau le rend plus étoffé par son jeu.

De ce spectacle monté en collaboration avec la Maison de la culture de Gatineau et le Théâtre Denise-Pelletier, on retient surtout une critique fine d’une époque révolue, un moment de brisure entre l’asservissement et la rébellion, très bien résumé dans la scène où sœur Sainte-Catherine arrache son crucifix.

Le spectacle qui en résulte est grandiose, de ceux que l’on aurait filmés pour les Beaux Dimanches, pour que tout le monde en parle.

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