- PUBLICITÉ -
9 février: ma 5e rencontre avec Lisa

9 février: ma 5e rencontre avec Lisa

Soins palliatifs

Ce matin, je me sens plutôt à l’aise lorsque je grimpe les marches qui me mènent vers la chambre de Lisa. Me voilà habituée, que dis-je, inspirée par ces visites matinales auprès de Lisa.

Je reconnais quelques membres de l’équipe médicale qui œuvre avec tant de cœur auprès de ses malades. Toute ma vie, je garderai un énorme respect pour ces gens, médecins, infirmières, bénévoles qui, jour après jour, font tout pour adoucir le quotidien de leurs patients.

Après avoir frappé deux petits coups enjoués sur sa porte, je suis accueillie par Lisa qui me lance un «Entre!» assez guilleret. Elle est en train de confectionner une multitude de cœurs en papier qui serviront à égayer le 3e étage du Centre Drapeau-Deschambault, en attente de la fête de la Saint-Valentin qui se déroulera le mercredi 16 février.

Entre le montage de ses cœurs et le tricotin qu’elle a entrepris pour sa nièce, elle me raconte avoir rencontré, ce matin même, dans la cuisine, un homme venu rendre visite à son père (ou grand-père) ici, aux soins palliatifs. L’homme semblait avoir de la difficulté à accepter une finalité prochaine et, pour le soutenir, elle a parlé de la mort avec lui. Une discussion qui aura permis de l’apaiser, lui.

Au demeurant, la mort fera partie intégrante de notre conversation aujourd’hui.

Lisa est fascinante. Je l’écoute, bercée par sa voix. J’ai l’impression d’être dans un endroit zen; il ne manque plus que les bougies pour compléter le tout. Exit même la maladie. Et pourtant, nous discutons paisiblement de la mort. Je ne décèle aucun affolement, aucune frayeur dans la voix de Lisa. Je l’écoute.

J’apprends comment Lisa a découvert son cancer: une brusque perte de poids de 30 livres assortie à un mal de dos lancinant, dont la douleur rappelle d’intenses brûlures. Le cancer a fait des ravages sur Lisa en deux ans. Elle me le confie.

«Quand je suis arrivée ici, j’ai regardé quelques photos et j’ai eu un choc quand j’ai comparé des photos de moi d’il y a à peine deux ans. Je ne suis plus reconnaissable. J’ai beaucoup pleuré quand je me suis vue. Je suis devenue méconnaissable», me souligne-t-elle en me montrant des clichés.

En dépit de cette douleur à l’âme, elle affirme combien elle est heureuse de se retrouver aux soins palliatifs du Centre Drapeau-Deschambault.

«Je ne trouve pas que c’est l’enfer ici, j’oublie même ma maladie. Oui, je suis bien sérieuse», m’assure-t-elle en voyant mon air surpris. «Je suis heureuse de finir ma vie ici, car je me sens aimée aussi. L’équipe est vraiment super. Elle ne me prend pas en pitié. Je dirais même que je suis chanceuse de me retrouver ici.»

Tant qu’elle était en santé, Lisa aurait trouvé atroce de mourir, mais plus maintenant. Elle certifie être désormais dans une autre dimension de la vie, une annexe qui lui a permis d’apprivoiser la mort sans peur ni angoisse.

«Quand on est en santé, on ne peut pas s’imaginer mourir. La mort va simplement détruire nos souffrances. Je sais que j’ai été aidée par Dieu, j’ai reçu une force qui fait croire qu’il y a quelque chose d’autre de l’autre côté. C’est difficile à expliquer pourquoi, mais je le sais, c’est tout. Il y a des choses qui ne s’expliquent pas», proclame Lisa. «D’ailleurs, tout le monde part sur le même pied d’égalité face à la mort, l’argent n’existe plus.»

Prêtant une oreille attentive à ce qu’elle m’explique, je ne peux m’empêcher de lui demander si elle a changé d’idée sur la façon dont elle souhaitait mourir.

«Oui, je veux mourir seule ou avec l’équipe médicale. Je ne sais pas de quoi j’aurai l’air quand je tomberai dans le coma avant de mourir et je ne veux pas effrayer ma famille avec cette image qu’ils auront de moi. Je préfère qu’ils gardent de moi autre chose que celle où je suis en train d’agoniser.»

Pour la première fois, Lisa me montre des photos de Serge, son mari. C’est un homme souriant qui a aimé profondément sa femme.

Pointant mon carnet de notes, elle me chuchote ceci: «Tu écris un livre d’amour, toi…»

26 janvier 2011: ma première rencontre avec Lisa

Vendredi 28 janvier: ma deuxième rencontre avec Lisa

2 février: ma troisième rencontre avec Lisa

4 février: ma 4e rencontre avec Lisa

11 février: ma 6e rencontre avec Lisa

16 février: ma 7e rencontre avec Lisa

19 février: ma 8e rencontre avec Lisa

23 février: ma 9e rencontre avec Lisa

25 février: ma 10e rencontre avec Lisa

2 mars: mon avant-dernière rencontre avec Lisa

4 mars: ma dernière rencontre avec Lisa

- PUBLICITÉ -

La dernière édition

Section concours

- PUBLICITÉ -
Top