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2 mars: mon avant-dernière rencontre avec Lisa

2 mars: mon avant-dernière rencontre avec Lisa

Incursion à l’unité des soins palliatifs du Centre Drapeau-Deschambault

Les rencontres bihebdomadaires vont bientôt cesser entre Lisa et moi. Je retournerai la voir une dernière fois ce vendredi avec une petite surprise de 11 kilogrammes que je lui réserverai un peu plus tard en soirée.

Elle le connaît ce petit cadeau-là et l’anticipe avec une certaine fébrilité. L’heure de l’introduction du présent a été convenue, soit entre 18 h 30 et 19 h.

«Il ne marche pas encore, alors il aura sûrement envie de se traîner à quatre pattes, quoiqu’il s’agrippe à tout pour se promener», avertis-je.

«On peut le laisser aller avec ma marchette, je bloque un peu les roues et comme ça, il la pousse sans tomber», dit-elle.

J’admets que l’idée est bonne.

Lisa aime, pardon, adore les enfants. Même si elle n’en a pas eu, ses connaissances, ses conseils, et la perception qu’elle a des petits valent de l’or.

Pour notre dernière rencontre, j’ai prévu lui présenter mon fils James, âgé de 13 mois. Totalement biaisée dans mes propos et nullement objective, je dresse un portrait du fiston-cadeau. Faciès admirable, potelé juste ce qu’il faut, ultrasouriant, sociable à souhait, un tantinet surdoué, blond comme les blés, bref une réplique optimale du bébé-parfait-sur-boîte-de-biscuits.

Et petit cadeau d’adieu idéal pour un cœur pur comme Lisa.

Par ailleurs, lorsque je la verrai, après demain, son bureau sera installé et sa chambre réorganisée. Eh oui, Lisa aura son ordinateur et pourra renouer avec ses petits jeux sur le Net.

«Je ne suis pas intéressée à « chatter »; moi, ce qui m’intéresse, ce sont les jeux. L’installation coûte 38 $ et le premier mois est gratuit, donc…»

Il m’apparaît alors, avec une clarté quasi éblouissante, une évidence incontestable. Lisa met en application ce que les grands esprits de ce monde ont toujours préconisé en matière de conception et de perception du bonheur.

Vivre DANS le moment présent.

Parce que Lisa sait.

En dépit de se savoir condamnée, elle vit, tout simplement.

Sans penser à hier ni à demain.

Lisa n’est pas une mourante, c’est une vivante.

Pour la première fois, je saisis un sens qui m’avait échappé jusqu’à maintenant. Que l’on soit affligé d’un handicap, d’un deuil presque insurmontable ou encore, comme Lisa, condamnée par la maladie, la vie ne s’éteint pas dans celui qui la porte.

Et Lisa, dans sa générosité, l’expose sans fioriture et sans excès.

«La beauté n’est que la promesse du bonheur.» (Stendhal)

Lisa a relu Le Petit Prince et en a surligné des extraits en jaune. Ce sont les plus importants m’a-t-elle précisé.

Avec ce livre, elle a remporté le 1er prix en dissertation au secondaire. Le compte rendu articulé et précis qu’elle a rédigé lui a permis de décrocher la première place.

«J’ai toujours aimé lire», rajoute-t-elle humblement.

Le temps passe toujours vite en compagnie de Lisa. Même si le silence est parfois de mise durant nos entretiens, il arrive parfois que nous ne ressentons pas le besoin de le combler rapidement. Et puis, les sujets changent au gré des émotions qui se vivent à l’intérieur des murs de cette petite chambre. C’est ainsi que Lisa me révèle qu’elle a pris son premier bain hier. Non pas par obligation ou parce que les bains sont comptés à l’étage, simplement par envie.

La pudeur a trouvé une oreille attentive.

«La préposée m’a proposé quelques scénarios afin que je n’aie pas à me déshabiller devant elle», dit-elle.

Tout en respectant la réserve de la patiente, cette dernière a usé d’habileté afin que Lisa puisse profiter d’un bain chaud.

«J’étais super contente et ça m’a fait un tel bien… Je pense que je serais restée une demi-heure de plus», déclare Lisa en souriant.

Les souvenirs sont très présents ce matin. J’ai droit à un récit détaillé du Carnaval de Ripon, alors qu’elle paradait comme majorette, petite fille de huit ans placée bien en évidence à l’avant du défilé.

Triturant sans m’en rendre compte le foulard que je porte autour de mon cou en écoutant le récit de Lisa, cette dernière m’interpelle soudainement: «Depuis tantôt, je regarde ton foulard et je pense bien que j’ai une couverture qui lui ressemble.»

Aussitôt dit, voilà que Lisa est déjà debout devant son armoire à la recherche de la couverture en question. Au bout de quelques secondes, elle en extrait une en affichant un petit air de triomphe. Effectivement, cette dernière ressemble bel et bien à mon écharpe.

«Tiens, je te la donne», me dit-elle en me la tendant.

Je suis émue, et j’ai envie d’accepter.

«Donne-la à ton fils, comme ça, il va la traîner avec lui», insiste-t-elle.

Lorsque je reverrai Lisa dans deux jours, je pourrai lui dire que mon fils a d’abord regardé très sérieusement la couverture avant de s’enfouir le nez dedans en poussant un petit cri de joie.

«C’est à toi, fils, c’est Lisa qui te la donne.»

4 mars: ma dernière rencontre avec Lisa

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Pour en savoir plus:

Lucie Lauzon. médecin du corps, de l’esprit et de l’âme

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Stéphane Vallée, docteur de l’âme

Kim Prud’homme: du travail social dans une unité de soins altruiste

Pharmacienne, technicienne en diététique, infirmières auxiliaires, et préposés: unis dans les mêmes valeurs

 

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