Lieu théâtral peu pressenti, ce bar de quartier marqué de l’empreinte du temps, lieu de rassemblement et témoin des moments glorieux ou ridicules de l’existence, se prêtait toutefois à l’exercice avec un naturel étonnant, les spectateurs attablés sous la boule miroir que l’on pouvait, grâce à l’imagination, métamorphoser en un astre scintillant.
Car c’est l’infatigable course du soleil que l’on retrace, dans ce poème qui nous transporte d’une rive à l’autre de la Seine, dans les arrondissements de la Ville Lumière, sous le pont des Arts, le soleil, témoin quotidien des joies et des peines, des cris, des larmes et de la misère à petite ou grande échelle. Les personnages de Prévert prennent vie, les comédiens envahissant tout l’espace, les uns sur la scène, les autres accoudés au bar ou siégeant dans l’ombre, tout au fond de la salle, sollicitant ainsi le spectateur, le rendant lui aussi témoin actif des évènements.
Cette mise en scène dynamique et déstabilisante, avec ses tableaux entrecoupés de chansons, offrait un beau contraste avec le texte métaphorique et contemplatif de Prévert. Le passage de la nuit vers le jour est raconté avec une violence inouïe mais des mots magnifiques, l’injustice et l’inceste de la même manière, à l’instar de la simple bêtise humaine ou des souvenirs d’enfance. Dans la peau de la Misère, Catherine Bégin est magistrale, incarnant avec Luc Morrissette un couple d’amants de longue date se remémorant leur jeunesse passée avec une nostalgie qui n’a rien de triste. Racontant la vie sous toutes ses coutures, Geneviève Néron, Catherine David et Benoît Drouin-Germain sont tout simplement lumineux, à l’image d’Isabel Rancier qui, elle, célèbre en chantant l’existence humaine, l’amour, la mort, la solitude, la musique en direct de Mathieu Vigneault liant ce tout d’une beauté touchante avec un je-ne-sais-quoi d’exaltant.
Pourtant, c’est la misère qui est au cœur de cette pièce, la petite, la grande, celle du quotidien, mais aussi celle de la société. Mais la beauté des mots, la force de l’interprétation et la lumière qui s’en dégage nous prennent par la main, nous guident en un monde qui recèle malgré tout une beauté qu’il dissimule parfois, tel le fruit d’un crime honteux.
Encore une fois sur le fleuve est un exercice poétique et théâtral vibrant, un hommage à la vie telle qu’elle est, une première production prometteuse pour Le Bureau-Firme Théâtrale. L’équipe, qui sera d’ailleurs de retour à l’Hôtel Blainville de Sainte-Thérèse, le 28 septembre prochain, vous invite à venir vivre ou revivre ces quelque 45 minutes de bonheur. Inf.: 514-781-1167, site Web: firmelebureau.com.
La vie sous toutes ses coutures
(Photo Madeleine Marcil — courtoisie Le Bureau-Firme Théâtrale) Geneviève Néron, Isabel Rancier et Benoît Drouin-Germain, dans une scène de Encore une fois sur le fleuve, en reprise le 28 septembre, à Sainte-Thérèse.
Théâtre
Parfois, le théâtre et la poésie nous surprennent dans les lieux les plus inattendus. Ainsi, c’est au mythique Hôtel Blainville que nous attendaient, dans le détour, les mots remplis de magie de Jacques Prévert avec Encore une fois sur le fleuve, poèmes et chansons de ce dernier adaptés et mis en scène par Gabrielle Néron, racontés ou incarnés par Catherine Bégin, Catherine David, Benoît Drouin-Germain, Luc Morrissette et Geneviève Néron, chantés par Isabel Rancier, mis en musique par Mathieu Vigneault et en lumières par Josiane Fontaine-Zuchowski.
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