Lynda Lemay: la conteuse chante

Luc
Luc Proulx
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Il y a plus de texte en deux heures de chansons ininterrompues de Lynda Lemay que dans une pièce de théâtre à vingt personnages, et chacune d’elles raconte un épisode de vie. Chanteuse ou conteuse? Voilà la question.

L’auteur, compositrice et interprète Lynda Lemay.

Distiques ou quatrains tenus en laisse, l’écriture de Lynda Lemay est formatée sur des rimes embrassées et le discours s’enroule sur un thème en y cherchant l’émotion, le tragique ou le drôle, et parfois tout en même temps.

On reproche souvent son côté girly à la compositrice, mais on peut chanter pour son genre. Les textes de Lapointe carburent à la testostérone et les écrits de Lemay sont assouplis à la lavande. Les écrits de Roger Tabra ont du poil aux bras, tandis que les mots de Lynda Lemay sont épilés. Un gars, une fille.

Et il y a cette déclaration d’amour de Tino Rossi qui chantait «maman, tu es la plus belle du monde», ce à quoi Lynda Lemay répond que «le plus fort, c’est mon père». Mars et Vénus.

Il y a de très belles choses dans ses chansons. Notamment de l’audace pour aborder la mort d’un enfant et l’humanisme arrive à étoffer un romantisme qui autrement serait à classer parmi les textes à rimes pauvres de Patrick Norman.

Mais la musique demeure cependant en plan et les modulations vocales répétitives nous font réentendre la même composition à plusieurs reprises. La chanteuse était accompagnée d’une pianiste et d’un violoniste qui livrent davantage d’atmosphères sonores que de véritables partitions.

Oubliez le bridge musical et surtout les solos de guitare, les arrangements sont pratiquement inexistants, parce que c’est pour cette écriture syntagmatique du raconteur qu’on apprécie la dame.

La grosse chaise au dossier en forme de cœur rouge et les objets scéniques issus de l’enfance imagent bien sur scène ce que l’on retrouvera dans ses chansons: l’amour, bien évidemment, mais beaucoup la famille et l’intériorité féminine dans toute sa pensée circulaire enroulée sur des émotions romantiques.

Ce sont donc les textes qui font l’artiste qui a déjà vendu plus de quatre millions de disques, faut-il le rappeler, au cours des vingt dernières années, avec 150 chansons.

Elle fut récipiendaire de l’insigne de Chevalier des arts et des lettres et Chevalier de l’Ordre de la Pléiade et honorée par Bernard Pivot du trophée Poésie-chansons. Ils sont fous, ces Français. Enfin, fou d’elle, comprenons-nous bien.

Son dernier disque est un best of dont on ne s’étonnera pas, puisque très rares sont les auteurs, compositeurs et interprètes au répertoire aussi étoffé.

Rares aussi sont les artistes qui rencontrent aussi personnellement leur public et l’aisance témoigne d’un naturel sans artifice sur scène qui touche délicatement des gens qui l’accueillent chaleureusement.

On peut ne pas aimer, mais force est de respecter un univers artistique aussi solide dont la simplicité témoigne d’une vive intelligence servie par une grande sensibilité. Parce que c’est aussi ça, être girly.

Le même public sera sûrement intéressé par Marie-Ève Janvier et Jean-François Breau, qui reviennent le 29 septembre, de même que le passage, au Théâtre Lionel-Groulx, de Michel Fugain (C’est un beau roman, c’est une belle histoire) avec ses vieux succès et un nouveau disque intitulé Bon an, mal an.

Organisations: Ordre de la Pléiade, Théâtre Lionel-Groulx

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