En effet, la troupe porte-étendard du théâtre en été s’est associée au metteur en scène Benoît Vermeulen pour donner vie au texte de Mathieu Gosselin, Mélodie Dépanneur. Mais à bien y penser, le dépanneur, partie intégrante de la culture québécoise, est un haut lieu du théâtre de la vie quotidienne, avec ses habitués et ses gens de passage, ses anecdotes et son décor typique qui transcende bien souvent le passage des années. Surtout lorsque son propriétaire en fait l’œuvre de toute une vie, l’entretenant et le chérissant avec un amour débordant et une indéfectible passion.
C’est donc cette vénérable institution que se voit léguer Paul Goyette à la mort de son père, Fernand. Le dépanneur Mélodie, «à cheval entre un réalisme quotidien et un délire lyrique paranormal», comme le décrit si bien son créateur, abrite, entre ses murs à la thématique chinoise extrême, une micropopulation dont Paul héritera du même coup: les jumelles étrangement intenses Poupée et Princesse, l’étonnamment spirituel ivrogne Kangourou et toute une panoplie de sculptures d’influence asiatique fabriquées à l’aide de produits d’alimentation.
Maintenant bien urbain, Paul s’amène dans son ancien patelin. Fermement décidé à fermer le dépanneur, il se frotte assez vite à cette poignée d’irréductibles qui semblent avoir élu domicile dans le commerce de son défunt père, dont Paul découvrira les facettes inédites de sa personnalité au cours de son périple à Saint-Claude-Mystique.
Rempli d’amertume envers ce paternel qui l’aurait négligé au profit de son précieux dépanneur, Paul est consterné par l’admiration que lui vouent Poupée, Princesse et Kangourou, pour lesquels Fernand était un guide spirituel porteur d’une sagesse infinie. Hanté par son passé, Paul sera forcé d’explorer celui-ci afin de se réconcilier avec le souvenir de son père.
Évoluant dans un univers disjoncté créé à partir d’éléments récupérés par la scénographe Nathalie Trépanier, baignant dans la lumière tantôt réaliste tantôt fantaisiste de Tommy Chevrette et arborant les costumes caricaturaux de Clélia Brissaud, les comédiens s’en donnent visiblement à cœur joie. Luc Bourgeois est égal à lui-même, toujours excellent dans le rôle d’un Paul névrosé et hilarant à la recherche d’équilibre, alors que Sébastien Gauthier confère à Kangourou un mélange comique de sagesse et d’abêtissement. Incarnant les inquiétantes jumelles, Mélanie St-Laurent et Louise Cardinal proposent un jeu complice et une dégaine complètement décalée, générant les éclats de rire.
Avec la mise en scène de Benoît Vermeulen et la musique originale de Benoît Landry, les artisans du Petit Théâtre du Nord explorent une nouvelle dimension de leur douce folie, donnant à Mélodie Dépanneur des airs de comédie musicale surréaliste aux limites de l’absurde. Bref, un rendez-vous estival à ne pas manquer, jusqu’au 20 août, au Centre communautaire de Blainville.
Information et réservation: 450-419-8755.
