C’est ainsi que j’ai pris part, ainsi qu’une foule considérable pour le petit cabaret, à un voyage musical de quatre décennies. Pièces choisies et brillamment revisitées par le groupe, puis morceaux tirés d’Éphémère, le plus récent album de madame Forestier, étaient au menu lors de ce concert intimiste étonnamment rock.
L’atmosphère est bien vite créée, alors que Louise Forestier entre sobrement en scène et s’installe au piano pour livrer sans préambule la très belle Ne touchez pas à mon piano. Nous sommant d’oublier le stress et les urgences, demandant d’éteindre le plus de lumières possible, elle veut nous emmener ailleurs, créant une bulle d’intimité avec le public. Avec sa voix claire et puissante, capable d’inflexions dramatiques autant que de douceur, Louise Forestier nous transporte effectivement dans un autre univers. Habitée par la musique, savourant son bonheur d’être sur scène, elle nous offre une Loin d’ici à la section centrale planante, une Seul(e) de ta gang au texte simple mais touchant, une illustration différente du passage du temps, une Mescal dressant le plus poétique des portraits de la décennie 1970.
Entre les envolées vocales, les rythmes festifs et les textes imagés, appuyés par les excellents musiciens d’El Motor, on ne voit pas le temps passer. Dans la prison de Londres sonne comme une tonne de briques, entraînante, rassembleuse, enlevante, alors que l’on accueille avec un plaisir manifeste La marche du président ou encore Lindberg. J’aime un chien nous fait sourire et réfléchir, alors que la douce Éphémère fait penser à une dentelle aérienne.
L’énergie de Louise Forestier ne baisse pas d’un cran, et elle ne s’accorde même pas une pause le temps d’une pièce d’El Motor, qui nous offre Saint-Boniface, car elle les accompagne à la tambourine! L’ovation finale est sincère et spontanée, et le rappel, réclamé avec force, est accordé avec plaisir.
Au terme de ce concert intime, on ne peut que se dire que la mission que s’étaient donnée Louise Forestier et ses comparses d’El Motor est bel et bien accomplie. La voix de la chanteuse est incroyable, avec ses modulations infinies et sa charge émotive, sa parfaite maîtrise, sa puissance mais aussi sa fragilité. Les pièces revisitées ont pris une belle couleur actuelle, car avec El Motor, on ne s’attend à rien de moins qu’à un rock cohérent et original, pour un métissage inattendu et une soirée mémorable.
Métissage inattendu pour une soirée mémorable
Louise Forestier et El Motor
En prenant place au cabaret de l’église Sacré-Cœur, le soir du 12 décembre dernier, j’ai bien vite réalisé que j’étais sans doute la plus jeune spectatrice du public, celle qui connaissait surtout de Louise Forestier des échos du légendaire Osstidcho. Mon ignorance éhontée s’est toutefois révélée une bonne chose, puisqu’elle m’a permis de découvrir cette grande chanteuse bien de chez nous, ici entourée des musiciens du groupe El Motor.
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