Assurant la première partie du concert, l’auteure-compositrice-interprète Audrey Emery propose un mélange de folk et de soul, tout en nuances. La guitare se fait habile, la voix suave ou puissante, aux accents blues. Plongeant dans la musique, les yeux fermés, elle nous livre cinq pièces en français et en anglais, abordant avec intensité ou dérision les relations amoureuses, le passage du temps, les rêves. Une belle entrée en matière par cette artiste sympathique et terre-à-terre, très bien accueillie par le public.
Puis, accompagnée à la guitare par Manu Éthier, Béatrice Martin prend place au piano. Déjà, sa présence lumineuse emplit l’espace alors qu’elle amorce Le long du large. Dans une image superbe, les yeux tournés vers le ciel dans l’éclairage judicieux d’un projecteur solitaire, l’artiste entame sans transition une Fondu au noir aux belles nuances, toute en retenue, malgré une émotion que l’on sent tout de même à fleur de peau. Avec La vie est ailleurs et l’entraînante Ensemble, le public se manifeste de plus en plus, les enfants dansant, les autres battant la cadence.
On troque ensuite la guitare pour le violon dans une Berceuse douloureusement belle, au début vibrant et presque a cappella. Corbeau nous est ensuite offerte, alors que Béatrice Martin est seule au piano. Le tempo plus lent que sur l’album, cette version de la pièce est pleine d’une intensité contenue, les mots générant même plus d’impact.
Le temps semble suspendu, et l’on a l’impression d’assister à un moment privilégié dans un silence recueilli. Après une Francis empreinte de légèreté, l’artiste s’offre un cadeau en interprétant Étienne d’août, qu’elle emprunte à Malajube. La charmante Printemps suivie de la jolie Pour un infidèle précèdent Place de la République, nouvelle chanson au texte plus sombre, plus mature aussi. L’interprétation est sentie, personnelle, avant-goût magnifique d’un nouvel album.
On applaudit dès les premières mesures d’une C’était salement romantique à la mélodie poignante, toute en intériorité, penchée sur le clavier. Cœur de Pirate termine avec Comme des enfants, jolie et naïve, faisant chanter le public qui explosera en applaudissements dès la dernière note. Deux rappels seront sollicités avec force, les deux complices passant de Rihanna à Serge Gainsbourg, profitant aussi de l’acoustique de l’église pour un petit country unplugged, le tout pour le plus grand plaisir d’un public qui ne veut pas que la soirée prenne fin.
Car Béatrice Martin habite l’espace, sa musique et ses mots générant une rêverie pleine d’intensité, créant des atmosphères feutrées, aériennes. Pianiste incroyable, interprète superbe de candeur et d’émotion, elle nous entraîne sans effort dans son univers, ses pensées. Mais, humble et espiègle, elle s’adresse à nous avec humour et désinvolture, s’égarant en anecdotes et en commentaires... Ce qui la rend accessible à un public qui, autrement, pourrait croire qu’elle est une sorte d’ange de passage sur Terre pour nous enchanter de sa musique.
Portrait d’une soirée enchanteresse
Cœur de pirate
Salle comble pour le cabaret de l’église Sacré-Cœur, en ce vendredi 27 novembre, pour accueillir Béatrice Martin, alias Cœur de Pirate. Cela n’a rien d’étonnant, cette dernière multipliant les succès, ensorcelant les publics d’ici et d’ailleurs, de tous les âges et de tous les styles, comme en témoignait la foule bigarrée qui l’attendait avec impatience. Portrait d’une soirée enchanteresse et d’une douceur onirique.
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