Pourtant, à l’entrée en salle, ce cœur formé par les projecteurs sur le rideau rouge m’est apparu comme un présage douteux, et la lecture du programme m’a laissée perplexe: on a eu recours à des conseillers en danse et en combat… Mais dans quoi Daniel Lemire et le metteur en scène Pierre Lebeau allaient-ils nous embarquer?
C’est à un huis clos délirant que nous convie le tandem, alors que deux couples que tout semble opposer, mais réunis par le mariage prochain de leur progéniture, se retrouvent séquestrés dans une maison de campagne à cause d’une tempête de verglas.
Évoluant dans un décor spectaculaire sur deux niveaux, il y a Brian et Patricia, en visite chez Monique et Christian. Les conflits sont d’emblée prévisibles, les premiers instants de la pièce illustrant avec force des écoles de pensée visiblement antagoniques. En effet, les invités, l’agent immobilier grossièrement arrogant et sa femme névrosée, forment un couple de nouveaux riches plutôt snobs, alors que leurs hôtes, une employée de l’impôt au caractère fort et à la répartie facile, mariée à un directeur d’école sans grande envergure, sont les bons vivants recherchant quant à eux la simplicité. Clash des valeurs, clash des personnalités, clash des modes de vie promettent des échanges virulents et des flèches empoisonnées.
Outre la patience des personnages, cette cohabitation forcée mettra également à l’épreuve les liens à l’intérieur même des couples, libérant les maux telle une boîte de Pandore: communication difficile, rêves ridiculisés, solitude, vie sexuelle inexistante, vices et secrets seront révélés, mettant les relations en péril…
Prêtant ses traits à Brian, Sylvain Marcel est insupportable de suffisance et de condescendance, jouant à merveille celui que l’on aime détester. Incarnant sa douce moitié Patricia, Geneviève Rioux offre un jeu très caricatural, maintenant la proposition à l’extrême et jusqu’au bout. Dominique Pétin donne à sa Monique un plaisir visible à clouer le bec de Brian, tout en nuançant son jeu d’une touchante sincérité lors des moments dramatiques. Dans le rôle de Christian, Pierre Lebeau est excellent, attendrissant de ridicule, si bien que l’on s’attache à ce personnage sans trop de colonne.
Mais malgré une prémisse prometteuse et une distribution de haut vol, quelque chose cloche avec Clash. Là où le bât blesse, c’est au niveau du rythme, le récit traînant parfois en longueur. Et c’est curieux, car la mise en scène de Pierre Lebeau est très dynamique, les comédiens étant pratiquement toujours en mouvement, parfois sur deux niveaux, sollicitant sans cesse l’attention du public par un jeu très physique. Malgré cela, ou peut-être précisément à cause de cela, les meilleurs gags semblent dilués dans une sauce s’étirant parfois inutilement, amoindrissant leur impact et celui des passages plus dramatiques, formant un tout inégal qui gagnerait à être resserré pour encore plus de punch et d’éclats de rire. Et si l’on s’amuse bien des mésaventures de ces sinistrés du verglas, on en ressort malheureusement pas tout à fait rassasié malgré des ingrédients de grande qualité.
Qu’est-ce qui cloche avec Clash?
Théâtre
C’est avec curiosité que j’ai pris place au Théâtre Lionel-Groulx, le 21 novembre dernier, attendant d’assister à une représentation de Clash, toute première œuvre théâtrale de cet as de l’humour grinçant qu’est Daniel Lemire.
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