Amor fati (Aime ta destinée)

Valérie Schmaltz
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Rencontre avec les moniales bénédictines

Percutant lorsqu’il frappe, l’appel divin bouscule la vie de celui ou celle qui le reçoit. L’éveil spirituel qui en découle, en particulier l’adoration perpétuelle de Jésus-Christ, apporte cette particularité toujours étonnante, la transition du paroissien engagé à celui de prétendant à la vie religieuse.

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Et quand l’expérience façonne l’ouaille jusqu’en son for intérieur, jusqu’au tréfonds de l’âme, le retour en arrière est vain.  Voilà donc pourquoi, à l’âge de 40 ans, Magdalena décida de prendre le voile. «Avant cela, je n’aurai jamais cru devenir religieuse», souligne la moniale, un sourire dans la voix.

À la tête de l’hôtellerie de l’abbaye Sainte-Marie des Deux-Montagnes (voir autre texte), où elle accueille les visiteurs en retraite, sœur Magdalena s’affiche comme une religieuse externe, soit une bénédictine autorisée à sortir du monastère.

Vive et énergique comme toutes les moniales contemplatives rencontrées jusqu’à maintenant, celle-ci nous livre, dans l’abandon et avec naturel, un pan marquant de sa vie.

Albo lapillo diem notare (Marquer un jour d'une pierre blanche)

Même au temps où elle œuvrait comme secrétaire médicale, la prière, cet acte de la foi chrétienne, n’aura jamais été une pratique banale pour sœur Magdalena. Le sentiment d’unité ressentie avec Dieu, qu’elle partage au sein des groupes religieux, la pousse un jour à accomplir une retraite à Rougemont. Elle ne s’attend à rien, et encore moins au coup de foudre.

«Vous savez, la vocation est un don. Recevoir une grâce de vocation, c’est très fort. Il m’appelait et j’étais prête à tout laisser. Le Seigneur a choisi le mieux pour moi», dévoile-t-elle, lumineuse.

Métamorphosée par cette requête transcendant la vie matérielle et sociale, elle prolongera son périple et fera route vers l’abbaye, où elle séjournera pendant un mois. «Mais ce n’était pas assez pour moi. Je suis revenue à titre de postulante», raconte-t-elle.

Si sa famille est stupéfaite par ce choix, rapidement elle se rend à l’évidence. C’est du sérieux.

Sœur Magdalena venait de naître.

Amor patitur moras (L'amour est patient)

Bien que les critères pour rentrer au monastère soient fermes, mère abbesse analyse chaque cas avant d’autoriser la demande; 40 ans demeurant toutefois l’âge maximum pour rejoindre la communauté.

«L’adaptation et le changement sont plus durs à accepter après cet âge-là. Pour moi, ce fut relativement difficile au début, confie-t-elle. Il faut s’habituer à tellement de choses, aux offices, à faire ce que l’on nous demande. Heureusement, pendant cette période, on reçoit beaucoup d’aide de la maîtresse des novices.»

À ce chapitre, sachez que le postulat dure deux ans. Ensuite vient le noviciat, où la femme revêt l’habit et le voile blanc durant deux ans. Il faudra ajouter trois ans aux vœux temporaires avant que ces derniers ne deviennent perpétuels.

Alors que cette entrevue impose et oblige en quelque sorte un retour en arrière (s’il fallait, en invitant notre interlocutrice à se révéler de la sorte, en nous racontant ce passage définitif d’une ancienne à une nouvelle vie, que nous semions le germe de la nostalgie…), nos doutes, gênants, mais néanmoins discrets, sont rapidement balayés du revers de la main par sœur Magdalena: «Je dis merci et encore merci à Celui qui m’a permis d’être ici aujourd’hui.»

Lieux géographiques: Rougemont

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