À 34 ans, Alain «Junior» est sorti du monde du crack et de l’itinérance

Valérie Schmaltz
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Incursion chez les sans-abris

Le monde de la rue, de l’itinérance, du sans domicile fixe est d’un réalisme troublant pour quiconque l’aura côtoyé. Difficile de croire qu’en 2010, ils seraient quelque 600 Laurentiens à errer dans les rues, en quête d’un abri de fortune, d’un banc de parc pour y jouir de quelques heures de sommeil à l’insu des policiers.

(Photo gracieuseté Karine Ayotte) Alain connaît bien la rue et le chemin qui y mène. Il fait tout pour s’en sortir.

Drogue, prostitution, viol, agression, santé mentale fragile, les qualificatifs ne manquent pas pour dépeindre la vie des itinérants. Alain «Junior» a 34 ans. Cet ancien sans-abri a vécu des épisodes tragiques lors de son passage à vide qui a duré plusieurs mois.

«L’été, je couchais dans la rue et l’hiver, je trouvais des escaliers dans les blocs à appartements pour me réfugier en dessous», se remémore-t-il.

Dans le cas d’Alain (et celui de Mignonne, voir autre texte), la drogue a été l’élément déclencheur. Cet ancien journalier qui cumulait des heures supplémentaires dans l’entreprise familiale, s’est tourné vers les drogues dures pour maintenir son niveau d’énergie au travail.

«C’était écrit dans le ciel que si je continuais comme ça, je perdais ma job, affirme-t-il. Je vivais un rythme de vie anormal, je vivais la nuit, je travaillais le jour. J’ai totalement manqué de jugement.»

Renvoyé pour cause d’absentéisme répétitif et endetté par-dessus le marché, Alain quitte le domicile parental et disparaît. De salarié, il passe à revendeur.

«J’ai commencé à vendre de la drogue dans la rue pour me droguer», confie celui qui est devenu accroc au crack durant cette période.

Si sa consommation se réduit aujourd’hui à du pot et des médicaments pour lutter contre l’anxiété, Alain soupçonne ses antécédents d’impulsivité comme précurseurs de sa descente aux enfers. «Quand je patauge dans l’inconnu, ça m’angoisse», dit-il.

Interpellé sur ses pires souvenirs pendant cette étape, Alain s’arrête quelques secondes pour méditer: «C’est la malpropreté, mon côté minable avec ma barbe, mes yeux cernés. On n’ose pas appeler sa famille pour se faire aider, on a trop honte. Ce n’est pas la famille qui t’abandonne, c’est toi qui la délaisse.»

«L’été, je couchais dans la rue et l’hiver, je trouvais des escaliers dans les blocs à appartements pour me réfugier en dessous» Alain «Junior» a 34 ans

Avec sa tuque et son foulard assortis, Alain fait tout pour réintégrer le marché du travail. Les pieds encore mouillés, il a tenté plusieurs applications aujourd’hui, chez Costco et IGA. Épaulé par l’aide sociale, il a loué son appartement et s’est arrangé pour préparer son chèque en fiducie. «De cette manière, l’argent sert à payer mon loyer», explique-t-il.

C’est dans sa cellule, après avoir écopé 14 mois de prison pour vol et voies de fait sur un policier, qu’Alain s’est mis à cogiter. Outre l’immobilisme obligé, le cachot le conduit aux questionnements, voire aux ressourcements. Il est temps pour lui de faire des choix éclairés. La rue, on peut en sortir. Et il le sait.

«J’ai demandé l’aide de Dieu et il m’a aidé», souffle celui qui se définit comme un chrétien.

Si cette période sombre de sa vie semble s’éloigner de lui, Alain soupire en songeant aux femmes qui vivent dans la rue. Viols, abus de toutes sortes, elles sont davantage fragilisées par leur condition physique que les hommes.

Et parce qu’il y a eu un jour cet homme qui a tenté d’en violer une sous ses yeux en cherchant son silence, et aussi ce policier qui n’a rien fait parce qu’elle n’était «qu’une pute», puis ce kidnapping dont il a été témoin et cette séquestration qu’il a vue, il subsiste aujourd’hui un homme au passé lourd, écrasant, mais dont l’avenir déborde encore de promesses.

 

Organisations: Costco, IGA

Lieux géographiques: Mignonne

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